L’Europe évalue sa transition énergétique

Le 19 novembre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Action spectaculaire de la France en matière énergétique : la pose prochaine d'un long câble électrique sous-marin.
Action spectaculaire de la France en matière énergétique : la pose prochaine d'un long câble électrique sous-marin.
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Pour la première fois, Bruxelles évalue la politique énergétique des 28. Une politique qui sera grandement dynamisée au cours du premier semestre 2016.

 

«Nous ne voulons pas donner l’impression qu’il ne se passe rien en cuisine», rappelait mardi 17 novembre Miguel Arias Cañete, commissaire à l’action climatique, aux sénateurs français qui l’auditionnaient. Et de fait, il s’en passe des choses dans l’Europe de l’énergie. Neuf mois après l’adoption du cadre stratégique pour une union de l'énergie, la Commission a rendu public, mercredi 18 novembre, son premier rapport sur l'état de l'union de l'énergie.

 

Emissions
Au terme du paquet Energie Climat 2020, les 28 doivent réduire de 20% leurs émissions de GES entre 1990 et 2020. Selon les dernières estimations de Bruxelles, le bilan carbone de l’UE en 2020 devrait être inférieur de 24% à celui de 1990. Grâce aux tarifs administrés, les prix de l’énergie ont baissé depuis 2005.

Découplage PIB et CO2

Une union qui engrange les fruits des politiques passées et des effets de la crise persistante. En témoigne la décarbonation en marche de l’économie. Entre 1990 et 2014, le PIB du Vieux monde a progressé de 46%. Dans le même temps, ses émissions de gaz à effet de serre reculaient de 23%. La conséquence, bien sûr, de la mise en œuvre des politiques en faveur des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Mais aussi le signe d’une désindustrialisation progressive du continent et du ralentissement du secteur industriel.

 

Refonte du corpus

Pour autant, l’Europe ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Consciente qu’une bonne partie des pays membres n’atteindront pas leurs objectifs en matière d’efficacité énergétique, justement, et d’énergies renouvelables, Bruxelles prépare une refonte de son corpus juridique. La réforme du système d’échange de quotas d’émission (ETS) a récemment été adoptée. Elle sera complétée par une stratégie de décarbonation des secteurs non éligibles à l’ETS (au premier semestre 2016) et de la révision des tests d’émission des véhicules routiers légers. Sans oublier une nouvelle refonte des directives Energies renouvelables et Efficacité énergétique.

Les 28 doivent améliorer de 20% leur efficacité énergétique entre 1990 et 2020. Pour le moment, estime la Commission, le niveau d’amélioration devrait flirter avec les 17%.

Ces textes devront non seulement donner un coup de fouet aux pays à la traîne, mais aussi les préparer aux objectifs du paquet Energie Climat 2030. Bruxelles prévoit notamment de publier une stratégie spécifique pour le verdissement du chauffage et de la climatisation, le secteur le plus énergivore qui soit.

 

La France est une bonne élève de la classe énergétique européenne. Son taux de dépendance énergétique a diminué de 4 points entre 2005 et 2013 (48%). Son niveau d’interconnexion électrique (11%) atteint déjà l’objectif fixé pour 2020. Pour autant, Paris ne fait pas assez d’effort d’économie d’énergie pour remplir son objectif à 2020. Elle devrait, en revanche, remplir son contrat «renouvelables» et réduction d’émission de GES.

Réseau sous-marin

Les Etats membres seront mis à contribution. Plus d’une centaine de projets énergétiques prioritaires restent dans les tuyaux, notamment des tronçons de réseaux de transport (d’électricité et de gaz), grâce auxquels l’Europe espère améliorer tout à la fois sa sécurité d’approvisionnement et le fonctionnement de ses marchés de l’énergie. Pour ce faire, elle oblige les 28 à disposer, dès 2020, d’une capacité d’interconnexion égale à 10% de leur capacité de production interne d’électricité. Seuls 8 pays ne devraient pas être dans les clous à l’échéance[1]. La France dépassera son objectif grâce à la réalisation, prévue, d’une ligne de transport sous-marine entre l’Aquitaine et l’Espagne.

Au chapitre des mauvaises performances, la sécurité d’approvisionnement arrive en tête. La Russie projette de jeter deux nouveaux gazoducs dans la Baltique pour relier ses champs de gaz naturel à l’Europe occidentale. Pour tenter de se désengager de l’emprise de Gazprom[2], Bruxelles pousse l’exploitation des champs sous-marins récemment découverts en Méditerranée orientale. Avec, là aussi, des risques géopolitiques importants.

N’oublions pas la recherche

L’Europe de l’énergie, c’est aussi la recherche. Les 28 consacrent, indique le rapport, environ 7% de leur budget Recherche publique aux questions énergétiques et climatiques. C’est mieux que les Etats-Unis (4%), mais nettement moins bien que le Japon (15%), la France (9,2%) ou la Corée du Sud (9%). Ces budgets devraient être revalorisés avec la réforme de l’ETS qui affecte une part croissante du produit des enchères de quotas d’émission au programme NER 300 de soutien aux innovations en matière de technologies bas carbone.

Se félicitant de l’adoption, cet été, de la loi française sur la transition énergétique, Bruxelles regrette le manque de planification dans la plupart des autres Etats. «Actuellement, un tiers des Etats membres seulement ont une stratégie climatique et énergétique post-2020, comprenant des objectifs en terme d’émissions de gaz à effet de serre, d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique.» Raison pour laquelle l’exécutif communautaire demande aux 28 de publier leur projet de plan national d’ici 2017.



[1] Chypre, Espagne, Irlande, Italie, Pologne, Portugal, Roumanie, Royaume-Uni

[2] 40% du gaz importé dans l’Union européenne est d’origine russe.

 



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