L’Europe devrait renoncer au leadership mondial sur le climat

Le 26 mai 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Lors d’une conférence commune, les ministres de l’industrie allemand et français, ont rappelé mardi 25 mai l’opposition de Berlin et de Paris à un engagement unilatéral de l’Union européenne de réduire de 30% ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2020.

 

Le couple franco-allemand ne bat pas de l’aile sous tous les cieux. Pour preuve, les ministres de l’industrie des deux pays ont entonné, mardi, un duo climatique à l’unisson. Une déclaration commune faite quelques heures avant que la Commissaire européen aux affaires climatiques ne publie une communication allant précisément en ce sens. Ce nouvel objectif n’a pourtant rien d’aberrant. Il était d’ailleurs prévu dans le Paquet Energie Climat de décembre 2008, à la condition que des engagements comparables soient pris par les autres grands émetteurs de GES.

 

Problème : Paris et Berlin ont une lecture sélective de l’histoire récente. « Notre offre conditionnelle [de 30%] demeure mais nous ne connaissons pas celles des autres pays », a résumé Christian Estrosi. Ce qui n’est pas tout à fait exact. Si l’on en croit le dernier recensement réalisé par l’ONU, 76 pays (l’Union européenne comptant pour un seul) ont déjà pris des engagements unilatéraux de réduction d’émission de GES. Disparates, ces promesses ont été chiffrées par des chercheurs du Postdam Institute for Climate Impact Research (PIK). Dans un article publié par Nature, le 22 avril dernier, l’équipe dirigée par Joeri Rogelj et Malte Meinshausen a établi deux scenarii. S’appuyant sur les promesses de réduction d’émission de chaque pays, les scientifiques allemands ont estimé que les émissions mondiales oscilleront entre 47,9 milliards de tonnes équivalent CO2 (MteqCO2) et 53,6 MteqCO2 par an, à l’horizon 2020. Soit une hausse de 10% à 20% des rejets en dix ans.

 

Les engagements sont peut-être insuffisants, mais ils sont connus ! En fait, les gouvernements français et allemand semblent avoir été sensibles aux arguments des représentants de l’industrie européenne qui ne veulent pas entendre parler, en période de récession, de nouvelle contrainte carbone. « Plutôt que de focaliser la discussion sur de nouveaux objectifs de réduction d’émission, la Commission devrait encourager le développement et le déploiement de technologies bas-carbone », estime Philippe de Buck, le directeur général de Business Europe, le syndicat des organisations patronales européennes. La remarque ne manque pas de sel, alors même que la Commission vient d’autoriser les Pays-Bas à subventionner un projet de capture de CO2 mené par l’électricien Nuon.

 

Compréhensibles, les réticences des industriels apparaissent comme une occasion perdue pour l’industrie du Vieux monde. En effet, comme le souligne une note récente des services de la Commission, jamais il n’aura été possible de réduire à si bas coût l’empreinte carbone européenne. Du fait de la crise économique, les rejets des industriels ont chuté comme jamais. Entre 2008 et 2009, les émissions des sites soumises à la directive quotas ont baissé de 11,6%. L’effort pour réduire d’un tiers les émissions (toujours par rapport à celles comptabilisées en 1990) est donc moindre que prévu, il y a encore deux ans. Et moins cher aussi. Selon les calculs de l’exécutif communautaire, il ne serait plus nécessaire que d’investir 48 milliards d’euros par an et non plus 70 milliards pour garder, en 2020, le titre de l’économie la moins carbonée de la planète. Un investissement dont le retour serait rapide. Les seuls gains d’efficacité énergétiques permettraient de réduire de 40 milliards par an le montant communautaire de la facture pétrolière et gazière.



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