L’Europe dépend trop des poissons des autres

Le 10 juin 2011 par Célia Fontaine
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La consommation de poisson en Europe progresse tous les ans de 2%.
La consommation de poisson en Europe progresse tous les ans de 2%.

Les citoyens européens consomment beaucoup plus de poissons que les mers d’Europe peuvent fournir. Chaque année, la date à laquelle nous commençons à manger le poisson des autres avance, prévient la New economic foundation (NEF) et Océan 2012 dans leur rapport rendu public le 9 juin.

La tendance observée l’année dernière se confirme (dans le JDLE), voire s’aggrave. Si l’Union européenne devait consommer des ressources halieutiques provenant uniquement de ses propres eaux, elle manquerait de poisson dès le 2 juillet. L’année dernière, c’était le 9 juillet. « Cela montre une baisse de 200.000 tonnes de produits de la mer sur 12 mois », indique la NEF dans le rapport 2011 sur la « Journée de la dépendance aux poissons», ou « Fish dependance day (FDD)» en anglais.
 
La France commencera pour sa part à dépendre des importations à partir du 13 juin (contre le 20 juin l’année dernière). C’est 6 semaines plus tôt qu’en 2000. Seulement trois pays (l’Estonie, l’Irlande, et les Pays-Bas) sont auto-suffisants. Le cas du Danemark est particulier. Il y a 5 ans, ce pays était encore autosuffisant toute l’année et exportait beaucoup. Mais la politique de pêche minotière (industrielle) se concentrant sur 2 ou 3 espèces pour la production de farines animales a rendu le pays dépendant des importations sur 4 mois de l’année.
 
Les niveaux d’autosuffisance des Etats européens sont calculés sous forme de rapport entre l’offre nationale (production) et la demande nationale (consommation). «« L’offre nationale comprend le total des débarquements déclarés par Etat membre pour les eaux communautaires et la production aquacole. La demande nationale quant à elle comprend le total des débarquements déclarés dans toutes les régions et la production aquacole, auquel on ajoute les importations et on soustrait les exportations », explique Rupert Crilly, de la NEF, co-auteur du rapport. Le jour de la dépendance à l’égard du poisson est ensuite calculé en multipliant le niveau d’autosuffisance par 365, puis en trouvant la date correspondante dans l’année calendaire.
 
De manière générale, les poissons pêchés aujourd’hui en Europe sont plus petits et moins nombreux, leur capture demande un effort plus important, et par conséquent, d’autres espèces, plus vulnérables, sont ciblées à leur tour. Surpêche, quotas inappropriés, méthodes peu sélectives, subventions distribuées trop facilement pour la construction de bateaux, nombreuses sont les raisons qui ont amené cette situation (dans le JDLE). Le cas de la Méditerranée n’échappe pas à la tendance (dans le JDLE).
 
Il faut dire que la consommation de poisson en Europe progresse tous les ans de 2%. Les français consomment 37,3 kilogrammes (kg) de poisson par an, et l’Espagne 42 kg, alors que la consommation mondiale moyenne s’élève à 17 kg par an et par personne (dans le JDLE). « La population vieillit, et demande de plus en plus de protéines non grasses. Dans l’imaginaire, le poisson est un produit pur, car sauvage. Mais plus on monte dans la chaîne alimentaire, plus on mange du concentré de poison», rappelle Stéphan Beaucher, conseiller sur la Politique commune de la pêche (PCP) pour Océan 2012 et auteur de « Plus un poisson dans 30 ans?» (dans le JDLE).
 
Contrairement à ce que l’on peut imaginer, l’aquaculture a seulement ralenti, et non pas enrayé, l’augmentation de la dépendance de la France et d’autres pays européens à l’égard du poisson provenant d’ailleurs. Il n’y a qu’à constater les désastres causés par les fermes de saumons sur les côtes des îles Chiloe au Chili pour comprendre que l’élevage n’est d’ailleurs pas une solution (usage intensif d’antibiotiques, développement d’algues qui détruisent toute forme de vie sous les cages, etc.)
 
Le constat est clair. Pour répondre à une telle demande, il faut une pêche beaucoup plus durable, qui respecte les limites biologiques du poisson. La coalition Ocean 2012 (123 membres), créée peu après la publication du Livre vert de la Commission européenne d’avril 2009 sur la réforme de la PCP, critique la vision économique à court terme menée depuis 25 ans par l’UE.
« La PCP visait l’autonomie en ce qui concerne la consommation de poisson des Européens. La Fish dependence day montre l’échec de cette stratégie», commente Stéphan Beaucher.
 
La réforme, attendue pour le 1er janvier 2013, devrait établir la « durabilité écologique» comme principe fondamental. Le Conseil et le Parlement devraient, selon Ocean 2012, définir les critères écologiques et sociaux à prendre en compte dans le cadre de l’attribution d’accès aux ressources de la pêche. Les organes scientifiques, de leur côté, sont à même de déterminer les ressources disponibles de poisson et par conséquent les quantités que l’on peut pêcher. Il est donc préconisé de mieux écouter leurs recommandations.


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