L’Europe croit de nouveau à la séquestration du CO2

Le 17 mai 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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A Sleipner, Equinor réinjecte 1 Mt de CO2 par an dans le sous-sol marin.
A Sleipner, Equinor réinjecte 1 Mt de CO2 par an dans le sous-sol marin.
Statoil

Le BRGM et 16 partenaires vont rédiger des études de faisabilité de projets de capture et de séquestration géologique du CO2 industriel (CSC) dans 8 régions d’Europe.

C’est en catimini que l’Europe relance des projets de CSC. Testée depuis une vingtaine d’années un peu partout dans le monde, cette technologie vise à capter les émissions carbonées d’un (ou de plusieurs) site industriel pour les injecter dans une couche géologique profonde et étanche. De quoi permettre à des secteurs ne pouvant se passer d’énergies fossiles (les cimentiers, les raffineurs) de poursuivre leurs activités tout en les décarbonant.

Depuis 20 ans, la compagnie pétrolière norvégienne Equinor (ex-Statoil) injecte ainsi un million de tonnes de CO2 par an dans les profondeurs de ses gisements gaziers offshore de Sleipner et de Snøhvit.

50 à 100 €/tonne de CO2

Réputée mature, la technologie reste chère. Selon ses promoteurs, il en coûterait de 50 à 100 euros pour capter, sécher, comprimer et injecter dans le sous-sol une tonne de gaz carbonique industriel: deux à quatre fois plus cher que le prix d’un quota d’émission!

Malgré de nombreuses expérimentations (près de Pau, notamment), la CSC n’inspire pas confiance aux riverains d’un site d’injection. Devant l’opposition de la population locale, Shell dû renoncer à la construction d’un projet de CSC pour sa raffinerie de Barendrecht (Pays-Bas) en 2010.

Comment faire pour gagner cette confiance? En partenariat avec 16 partenaires internationaux[1], le Bureau de recherche géologique et minière français (BRGM) engage un programme original.

8 régions

Financé à hauteur de 3 millions d'euros par l’Union européenne, Strategy CCUS ambitionne de réaliser des études de faisabilité de projets de captage et de stockage dans 8 régions européennes: deux en France (bassin parisien et vallée du Rhône), une au Portugal, en Espagne, en Grèce, en Roumanie, en Croatie et en Pologne.

«L’originalité de ce programme est d’associer la société civile à la réalisation des études. Ce qui devrait améliorer le degré d’acceptabilité de la technologie, tant au sein des politiques que du grand public», estime Fernanda Veloso, coordinatrice de Strategy CCUS.

10 milliards d'aides d'ici à 2030

Ancienne spécialiste des réservoirs d’hydrocarbures de Total, la géologue est optimiste: «les industriels sont désormais convaincus qu’il leur faut réduire leurs émissions de CO2». Bonne nouvelle: il y a même de l’argent public pour financer ce genre de projet. Fin février, la Commission européenne a mis en place son fonds de l’innovation pour le développement des technologies bas carbone. Doté de 450 millions de quotas (qu’il revendra pour financer des projets), l’ETS pourrait injecter jusqu’à 10 Md€ d’aides d’ici à 2030.

Au début des années 2000, Bruxelles avait ambitionné de doter l’Europe d’une douzaine de projets-pilotes de CSC en moins de 10 ans. Malgré d’importants niveaux de subvention, aucun ne vit jamais le jour.



[1] IFP Energies nouvelles, Total, IGME, CIEMAT, université d’Evora, DGEG, CIMPOR, FCT-NOVA, CERTH, UNIZG - RGNF, université d’Edimbourg, SNSPA, GeoEcoMar, GIG, Fraunhofer Institute, NORCE.

 



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