L’Europe au chevet des zones urbaines d’activité

Le 18 novembre 2004 par Loïc Chauveau
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Partout en Europe, des zones d’activité situées en villes périclitent, perturbant le tissu social et urbain. Le projet Masurin invente des outils capables de ressouder les liens entre les entreprises et les collectivités locales.

Le programme européen Management de la revitalisation durable des zones d'activités urbaines (Masurin) tire ce 18 novembre à Amiens (Somme) le bilan de trois ans d'étude du phénomène de déclin des zones industrielles que l'on retrouve partout en Europe: «Une zone industrielle, cela se dégrade, expose Denis Haxaire, chercheur à l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) responsable du projet Masurin pour la France. Quand une entreprise déménage et qu'elle n'est pas remplacée, la friche peut devenir décharge sauvage. Un local abandonné par une entreprise en faillite se délabre très vite. Un mauvais contrôle de la pollution de l'air ou de la gestion des déchets empêche une revitalisation de la zone par l'arrivée de nouvelles entreprises. Tous ces phénomènes amènent à la création de points noirs urbanistiques jusque dans le coeur des villes.»

Ce phénomène de dégradation est très peu étudié. On sait seulement que la France à elle seule compte 20.000 zones d'activités. Mais on ne sait pas combien posent problème. En 2002, l'Europe lance donc le programme Masurin qui associe les Pays-Bas, la Pologne, la Norvège, l'Autriche, la France et l'Italie. Il s'agit de mesurer les conséquences de la suppression d'activités ou l'arrivée d'une nouvelle usine sur le tissu économique mais aussi sur l'environnement urbain. Le programme ambitionne également de donner aux collectivités locales des clés pour agir sur des mouvements industriels qui les dépassent alors qu'ils marquent fortement le tissu urbain.

La ville et la chambre de commerce et d'industrie (CCI) d'Amiens se sont prêtées à l'expérience. Non loin du centre ville, la zone d'activités des Montières concentre en effet tous les défauts d'une zone d'activité non maîtrisée. Sur 80 entreprises, il ne reste plus que 6 gros sites industriels. Le reste de la zone est composé de friches, de terrains servant de dépôt d'objets divers, de petites entreprises polluantes et d'entrepôts vendant des produits de pacotille. Les terrains étant privés, la mairie ne peut intervenir.

Les acteurs du programme Masurin ont établi un "guide du management de la revitalisation" qui veut notamment renouer les liens entre aménageurs et entrepreneurs. Ce guide comprend quatre étapes testées dans les pays accueillant le programme. La première étape consiste à dresser un portrait socio-économique de la zone: nombre d'emplois par entreprise, types d'activité exercés, terrains privés disponibles, friches industrielles. Grâce à un système d'information géographique (SIG), la deuxième étape consiste à effectuer une carte d'identité de la zone aussi précise que possible. Il s'agit de bien connaître les rejets dans l'eau et dans l'air de chaque activité, d'appréhender la gestion des déchets, et de mesurer les nuisances sonores afin d'avoir une idée de la pression environnementale exercée par la zone sur la ville: «Cette phase demande beaucoup d'énergie car les données sont souvent difficiles à obtenir, précise Denis Haxaire. Les entreprises sont souvent trop petites pour devoir déclarer leurs rejets aux DRIRE.» 

Muni de cet état des lieux, le programme Masurin recommande ensuite de visiter chaque atelier pour en calculer l'éco-efficience. Ce exercice très technique consiste à étudier le procédé de fabrication en vigueur dans l'usine et à proposer des améliorations technologiques à un coût raisonnable pour réduire les rejets. Enfin, lors de la dernière étape, la collectivité locale doit s'appuyer sur les études réalisées pour encourager les entrepreneurs à mieux prendre en compte leur environnement.

«Pour les villes, il s'agit tout à la fois d'améliorer le cadre de vie, mais aussi d'attirer de nouvelles entreprises, assure Denis Haxaire. Une société répugnera toujours à s'installer dans un endroit peu accueillant et sale surtout si elle doit accueillir des clients.» Cette procédure en quatre temps est difficile à mettre en oeuvre. Amiens n'a pas encore accouché d'un programme d'action sur la zone d'activités des Montières. A l'issue du colloque, le guide méthodologique sera adressé à la Commission européenne qui décidera de sa publication.




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