L'étude "secrète" de l'IRSN

Le 26 mars 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les coûts évalués par l'IRSN sont compatibles avec ceux de Fukushima.
Les coûts évalués par l'IRSN sont compatibles avec ceux de Fukushima.

Souvenez-vous, ça s’est passé le 10 mars.

Ce dimanche, le Journal du Dimanche révèle le «scénario noir du nucléaire» français. Reprenant les bonnes feuilles d’un rapport de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) vieux de 6 ans, l’hebdomadaire indique que le coût d’un accident nucléaire, en France, pourrait s’élever à 5.800 milliards d’euros dans le pire des cas, à 760 Md€ dans un cas moyen et à 70 Md€ pour le scénario le moins grave. Les réactions ne tardent pas.

«Il est irresponsable de cacher une telle situation aux Français qui auraient à payer les conséquences d'un accident grave pendant des décennies», embraye Sylvain Trottier, porte-parole de Greenpeace France. Dans la foulée, la ministre de l’écologie promet la publication rapide de l’étude.

L’affaire a, il est vrai, de quoi surprendre. Le 7 février, l’IRSN avait présenté à une vingtaine de journalistes les résultats d’une estimation récente des coûts d’un accident majeur; une étude dont les lecteurs du JDLE avait pu lire les bonnes lignes dès le mois de décembre dernier [JDLE].

Signés du même économiste, les deux travaux ne répondent pas du tout de la même façon à la question posée: un accident nucléaire majeur, ça coûte combien? Dans sa mouture de 2013, Patrick Momal estime entre 120 et 1.000 Md€ le montant de la facture. On est très loin des 70 à 5.800 Md€ évoqués dans l’étude de 2007, mise en ligne aujourd’hui par l’IRSN.

Pourquoi de telles différences? Pour une raison, essentiellement. La première étude a été conçue pour quantifier le coût d’un accident en réaction à une «proposition faite par EDF concernant une méthode de hiérarchisation des modifications envisageables sur son parc de réacteurs pour obtenir des gains de sûreté», précise l’IRSN. Ce qui explique aussi pourquoi elle n’avait pas été publiée à l’époque.

Faute de temps et de moyens humains, l’économiste de l’institut a fait avec les moyens du bord: «Le sujet en est resté à un stade théorique et les aspects économiques n’ont fait l’objet que d’approches préliminaires», confirme à Fontenay-aux-Roses.

Que peut-on tirer de cette polémique? D’abord, que le coût d’un accident majeur est, pour une société comme la nôtre, majeur. Il est par ailleurs impossible à chiffrer avec précision: tout dépendra essentiellement du volume de rejets radioactifs et de la météo. Ensuite, il est important (rassurant?) qu’une institution publique ait entrepris ce travail ingrat, dont les derniers résultats sont compatibles avec les estimations faites par les autorités japonaises du coût de la catastrophe de Fukushima Dai-Ichi. Enfin, c’est maintenant aux politiques (membres du Conseil national de la transition énergétique compris) de se saisir de ces données pour définir notre avenir électrique.



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