L’étonnant bilan économique de la lutte contre le réchauffement climatique

Le 24 mai 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Plus c'est sombre, plus ça gagne.
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Si l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris doit bénéficier au business mondial, certaines régions, l’Europe en tête, verront leur économie particulièrement touchée par les effets du réchauffement.

 

Voilà une étude qui n’aurait pas fait tache dans le prochain rapport du Giec[1]. Dans un article publié par Nature, trois économistes de l’université Stanford (Californie) s‘efforcent d’évaluer, en dollars, les bienfaits d’une stabilisation du réchauffement à 1,5°C par rapport à des trajectoires moins ambitieuses. Un exercice audacieux, dont les résultats ne manquent pas de surprendre.

Pour parvenir à leurs fins, Marshall Burke, Noah Diffenbauch et Matthew Davis ont jeté un coup d’œil dans le rétroviseur. Les trois chercheurs ont compilé les données climatiques et économiques de 165 pays entre 1960 et 2010. But de la manip’: mettre en exergue et valoriser les conséquences économiques des effets du réchauffement.

11.000 milliards de dollars

Forts de ces évaluations, ils ont repris les scénarios climatiques (RCP) du Giec, estimé les coûts des dégâts et évalué le montant du devis de l’atténuation nécessaire pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris (+1,5°C et +2°C par rapport à l’ère pré-industrielle). A chaque jalon (+1,5°C, +2°C, +3°C), les auteurs ont soustrait les investissements nécessaires au montant de la facture des dégâts.

Globalement, l’étude estime qu’une majorité de pays bénéficieront économiquement d’une réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre. Stabiliser le réchauffement à 1,5°C vers le milieu du siècle ferait gonfler le PIB mondial de 1,5% à 2%, soulignent les économistes. Le montant total des dommages ainsi évités pourrait atteindre 11.000 milliards de dollars, l’équivalent de 15% du PIB mondial annuel.

jackpot pour les pollueurs

Si globalement, tout le monde gagne, le bilan doit être modéré quand l’on regarde les effets du ‘ruissellement’ dans chaque région du monde. Les Etats-Unis, la Chine ou le Japon apparaissent comme les grands gagnants. Respectivement, ces géants économiques doperaient, sur le siècle, de 4%, 6% et 5% leur production de richesses en contribuant à stabiliser à 1,5°C l’envolée du mercure planétaire, plutôt que de la laisser déraper de 2°C. Les plus gros contributeurs au réchauffement en seraient aussi les plus grands bénéficiaires.

Moins immoral: nombre de pays en développement africains, sud-américains et asiatiques bénéficieront aussi de la mise en oeuvre d leur NDC. Ce sera aussi le cas de la plupart des exportateurs de pétrole.

l'europe frappée

Pour les pays d’Europe, c’est tout le contraire. La limitation rapide du réchauffement n’apportera rien à leurs économies. Toujours sur le siècle, le Royaume-Uni verra décroitre son PIB de 10%, l’Allemagne de 13%, la Suède de 36%. Et la Russie verra diminuer de moitié sa production de richesses. La France limite les pertes: -4%. En cause: de faibles retombées économiques, alourdies par d’importants coûts des conséquences des changements climatiques.

Première mondiale, cette étude sous-estime probablement les montants en jeu. Auteur en 2006 de la première évaluation des coûts des conséquences du réchauffement et des efforts à produire pour le stabiliser, l’économiste Nicholas Stern craint d’avoir grandement sous-estimé ses évaluations. De plus, souligne Wolfram Schlenker, de tels calculs ne prennent en compte que les échanges de biens et de services. Ces estimations seraient complètement différentes si elles tenaient compte des effets sanitaires du réchauffement et de l’érosion de la biodiversité, affirme le chercheur de l’université Columbia de New York, dans un commentaire à l’article publié par Nature.



[1] Giec: Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

 



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