L’Etat présente ses premières mesures post-Lubrizol

Le 11 février 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Réduire le risque d'incendie du type Lubrizol.
Réduire le risque d'incendie du type Lubrizol.
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Les inspecteurs des installations classées devront augmenter de 50% d'ici 2022 le nombre d'inspections d'ici au printemps de 2022.

Les pouvoirs publics veulent renforcer la prévention des accidents industriels majeurs. Mais la communication de ses mesures s’annonce cafouilleuse. Ce mardi 11 février, sans attendre la publication des conclusions de deux rapports parlementaires, la ministre de la transition écologique a rendue publique une première batterie de mesures visant à réduire le risque d’incendies graves, notamment dans des sites classés Seveso.

18.196 inspections en 2018

Cinq mois après que les flammes ont dévasté une partie du site de l’usine rouennaise de Lubrizol, Elisabeth Borne a annoncé une augmentation du nombre d’inspections des installations classées. En stabilisant leur nombre et en déchargeant les inspecteurs d’une partie de leur travail administratif, la ministre promet d’accroître de 50% d’ici la fin du quinquennat le nombre d’inspections. En 2018, les 1.600 inspecteurs des installations classées (IIC) ont réalisé 18.196 inspections. Un nombre en chute de 40% par rapport à ces dernières années, «en partie parce que les inspecteurs ont été mobilisés par le déploiement des plans de prévention des risques technologiques (PPRT)», souligne Elisabeth Borne.

réduire les risques des nappes enflammées

L’ordre de priorités des inspecteurs sera revu. Les gendarmes de l’industrie devront ausculter avec attention les installations de stockage des liquides inflammables et des combustibles. Objectif: réduire les risques de formation d’une nappe enflammée propageant l’incendie, comme cela a été observé à Rouen. Les inspecteurs devront aussi recenser toutes les installations classées se trouvant dans un rayon de 100 mètres autour des sites Seveso. Dans un deuxième temps, il leur déterminer les installations «riveraines» les plus sensibles pour diminuer les risques d’effet domino en cas d’accident. Des déménagements de cuves mal placées ne sont plus à exclure.

Les industriels devront faire évoluer leurs pratiques. Il leur sera désormais interdit de gérer les matières combustibles atelier par atelier. «Cette possibilité de saucissonnage, y compris au sein d’un même bâtiment, sera supprimée», indique-t-on à l’Hôtel de Roquelaure. Le classement dans la nomenclature ICPE s’examinera au regard de l’échelle d’un entrepôt dans son ensemble.

les installations de déchets

Pour faciliter le travail des secouristes, le gouvernement veut obliger les exploitants de sites Seveso et de centres de tri et de traitements de déchets à publier un suivi «a minima quotidien des matières présentes dans chacune des parties des sites qu’ils exploitent.» Dans les sites particulièrement concernés par le risque d’incendie, l’industriel devra, en outre, l’exploitant devra compléter son étude de danger par une liste des produits de décomposition susceptibles d’être transportées par les fumées.

Jusqu’ici, les équipes présentes sur les sites Seveso seuil haut doivent s’exercer, une fois tous les trois ans, à mettre en œuvre le plan d’opération interne (POI). De tels exercices devront désormais être réalisés une fois par an.

Le gouvernement prévoit aussi la création d’un Bureau enquête accidents (BEA). Comparable aux BEA travaillant déjà à déterminer les causes des accidents impliquant des aéronefs ou des modes de transports terrestres. La création de cette institution indépendante nécessite l’adoption d’une loi.

Ce premier train de mesures est appelé à être complété. Avant l’été, le gouvernement prévoit d’améliorer l’organisation des secours et la gestion des crises. Ces mesures, a prévenu Elisabeth Borne, pourraient être enrichies des recommandations formulées par les commissions parlementaires. Mercredi 12 février, les membres de la mission d’information, formée par l’Assemblée nationale, doivent publier leur rapport. Les travaux de la commission d’enquête sénatoriale doivent s’achever au début du mois d’avril.