L’Etat français refuse de détruire l’ivoire saisi par les douanes

Le 15 novembre 2013 par Marine Jobert
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Les 5,4 tonnes d'ivoire ont été réduites en poudre aux Etats-Unis.
Les 5,4 tonnes d'ivoire ont été réduites en poudre aux Etats-Unis.
Alex Hofford/EPA

A quel sort l’Etat français voue les stocks d’ivoire saisis depuis 15 ans? C’est la question que pose Robin des bois. L’association écologiste a évalué à 8 le nombre de tonnes saisies par les douanes françaises entre 1998 et 2012. «Il est probable que depuis 1975, entrée en vigueur de la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites), les douanes françaises et les autres services compétents ont saisi plusieurs dizaines de tonnes d’ivoire illégal», ajoute-t-elle. Des estimations réalisées à partir de «données fragmentaires et provenant d’autres sources» que le ministère de l’écologie, puisque celui-ci a opté pour le silence sur le volume des stocks de défense d’éléphants saisis sur son territoire. «C’est secret défense».

Défense de la recherche

«Le ministère de l’écologie refuse ’pour des raisons de sécurité‘ de rendre public l’inventaire du stock d’ivoire illégal détenu par l’Etat français et les muséums d’histoire naturelle», déplore l’ONG, après un échange de courriers avec l’Hôtel de Roquelaure. Des saisies qui seraient utilisées pour mener des «recherches de caractérisation des défenses d’ivoire afin d’étudier leur potentiel pour identifier des populations [d’éléphants] et par là améliorer la traçabilité des futures saisies», a détaillé le ministère. «En fait, ce type de recherche peut se faire avec un morceau d’ivoire grand comme un domino. Nul besoin de conserver des tonnes d’ivoire sur étagère», pointe l’ONG. Robin des bois demande que ce stock «soit irrémédiablement détruit sous constat d’huissier».

Contactée par le Journal de l’environnement, la direction des douanes rappelle qu’elle ne comptabilise pas les saisies au poids, mais à la pièce. En 2012, les gabelous ont mis la main sur 346 pièces d’ivoires brut ou travaillées: 5 fois moins qu’en 2011. Dans la plupart des cas, les trafiquants étaient originaires du Congo, du Nigeria ou de Guinée.

5,4 tonnes détruites aux USA

Les Etats-Unis, après en avoir informé la Cites, viennent de passer à la broyeuse 5,4 tonnes de colifichets en ivoire. D’autres pays, comme le Gabon, l’Inde, le Kenya et les Philippines, organisent des opérations de destruction (en général par le feu), qui sont des temps forts médiatiques. Une option qui est aujourd’hui exclue par l’Etat français. «Le ministre de l’écologie considère que les pays qui procèdent à la destruction volontaire des saisies d’ivoire privilégient les actions symboliques et fortement médiatisées au détriment de réelles actions de fond», rapporte Robin des bois.

10 milliards de dollars de profits

Il est vrai que si l’importation et l’exportation d’ivoire sont interdites, son commerce à l’intérieur des frontières ne l’est pas, pourvu que les défenses aient été introduites sur le territoire américain avant 1989. Tout en se félicitant de cette récente destruction, Patrick Berrigan, le directeur du Wildlife Foundation pour l’Afrique, déplore que «beaucoup de pays, dont la Chine et les Etats-Unis, en autorisent encore le commerce intérieur, ce qui a pour effet de maintenir la demande de produits en ivoire tout en fournissant une couverture légale à une industrie illicite». Les autorités américaines estiment à 10 milliards de dollars (7,4 Md€) le volume d’argent généré par le commerce illégal d’ivoire au plan mondial.

 

 

Plusieurs tonnes d'ivoire d'éléphant ont été découvertes cette semaine dans un conteneur sur l'île de Zanzibar, a rapporté l’association IFAW (fonds international pour la protection des animaux). La semaine précédente, la police tanzanienne avait arrêté trois hommes d'affaires chinois en possession de 706 pièces d'ivoire. Quelques jours plus tôt, pas moins de 89 défenses étaient découvertes dans le coffre d'une voiture arrêtée à un barrage routier.

 



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