L’Etat français condamné pour pollution de l’étang de Berre

Le 29 octobre 2004 par Loïc Chauveau
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L’Etat français a manqué à ses obligations issues de la Convention pour la protection de la mer Méditerranée contre la pollution signée à Barcelone le 16 février 1976. Elle a laissé la centrale EDF de Saint-Chamas déverser de l’eau douce dans l’étang de Berre. Pour l’Etat, il sera difficile de revenir sur une longue histoire industrielle.

Pour les pêcheurs, les élus des communes littorales et les associations de protection de l'environnement, la décision européenne qui condamne l'Etat français pour pollution d'origine tellurique clôt près de 20 ans de lutte. A la fin des années 80, les riverains s'alarment de l'état de cet immense plan d'eau de 15.000 hectares et de 900 millions de m3 d'eau salée situé aux portes de Marseille. Ce ne sont pas les usines pétrochimiques de Berre qui sont en cause mais la centrale hydroélectrique EDF de Saint-Chamas, sur la rive nord de l'étang. L'usine rejette dans le bassin plus de six millions de m3 d'eau douce chargée de cinq grammes par litre de limons. Les poissons fuient, les coquillages meurent et les fonds s'envasent, tuant les herbiers marins.

Le maire de Berre-l'étang, Serge Andréoni prend alors la tête d'une action de reconquête de la qualité de l'étang. Les riverains ne s'attaquent pas seulement à une usine d'EDF. Le canal qui amène l'eau à Saint-Chamas provient de la Durance. C'est le dernier maillon d'un aménagement hydraulique des années 50 initié au barrage de Serre-Ponçon. Il s'agit de contrôler les flots de la Durance pour pouvoir faciliter le développement des villes en aval (dont Avignon), procurer de l'eau l'été pour l'irrigation des vergers du Vaucluse et enfin produire de l'électricité. L'étang de Berre est un exutoire idéal dont l'équilibre naturel est sacrifié puisque les aménageurs lui attribuent le statut «d'étang industriel». Vouloir empêcher les déversements, c'est donc revenir aux étiages sévères de la Durance l'été et menacer les villes de la vallée d'inondations catastrophiques l'automne.

Au début des années 90, les communes riveraines et les zones industrielles du sud de l'étang ont commencé à s'équiper en stations d'épuration: «il s'agissait de démontrer que l'état de l'étang était bien dû aux rejets d'eau douce et pas aux effluents industriels et urbains», explique-t-on à la mairie de Berre-l'étang. En 1993, le ministre chargé de l'environnement de l'époque, Michel Barnier, reconnait au nom de l'Etat le caractère polluant des rejets d'eau douce de l'usine. Par décret, les autorisations de rejets sont réduites à deux millions de m3 et les teneurs en limons doivent baisser à deux grammes par litre. Mais pas question d'arrêter les turbines: «l'usine est mobilisable très vite lors des pointes de consommation d'électricité et son courant n'est pas cher à produire, avoue-t-on à EDF. C'est un maillon important de l'approvisionnement de toute la région. Et c'est de l'énergie renouvelable».

De 1995 à 2000, riverains et électriciens assure un suivi écologique du milieu. Mais le caractère cyclique de l'activité de l'usine et l'importance des rejets en temps de pluie ne permettent pas une restauration totale. En 2000, les opposants fondent le groupement d'intérêt public pour la réhabilitation de l'étang de Berre (Gipreb). C'est cette structure qui vient d'obtenir gain de cause devant la Cour européenne de justice.

Et maintenant que faire ? Sous peine de noyer la plaine de la Durance, le canal qui alimente la centrale de Saint-Chamas ne peut être obstrué. Il n'existe réellement qu'une seule solution: construire un canal de dérivation de Saint-Chamas jusqu'au Rhône. Le coût de la réalisation est estimé à au moins un milliard d'euros. La Société grenobloise d'études et d'applications hydrauliques (Sogreah) remettra une étude sur le sujet dans les premiers mois de 2005. En attendant de mettre en oeuvre cette solution et interrompre les rejets d'eau douce de la Durance dans les eaux salées de l'étang, EDF devra certainement réduire encore ses rejets.


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