L’Etat finance (chichement) des recherches sur les OGM et les perturbateurs endocriniens

Le 17 juillet 2013 par Marine Jobert
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La recherche française sur les PE est-elle ambitieuse?
La recherche française sur les PE est-elle ambitieuse?
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Le service de la recherche du Commissariat général au développement durable vient de lancer très discrètement deux appels à projets sur des sujets majeurs en matière de santé publique et à fort enjeux économiques: les organismes génétiquement modifiés (OGM) et les perturbateurs endocriniens.

L’appel à la constitution d’un consortium de recherche pour l’étude des effets sanitaires à long terme liés à la consommation d’OGM s’inscrit dans le droit fil de l’étude Séralini, qui rapportait une mortalité accrue chez des rats nourris pendant deux ans avec du maïs GM de type NK603 (Monsanto) et exposés à l’herbicide Roundup [JDLE]. L’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) et plusieurs experts internationaux étaient montés au créneau pour critiquer vertement cette étude [JDLE], suivis par 6 grandes académies françaises (agriculture, médecine, pharmacie, sciences, technologies, vétérinaire). Le Haut conseil des biotechnologies (HCB) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) avaient rendu des avis plus nuancés [JDLE]. Au-delà des critiques sur la méthodologie, l’Anses avait en effet admis que l’étude était «originale». Une litote, puisque les essais de toxicité sub-chronique requis pour la mise sur le marché des OGM ne reposent que sur des durées de 90 jours et que les projets de recherche publique sur les effets à long terme de la consommation d’OGM se comptent à peine sur les doigts d’une main.

 

L’Anses recommandait ainsi «d’engager des études et recherches sur la question des effets à long terme des OGM associés aux préparations phytopharmaceutiques». Elle se disait «prête, en association avec d’autres partenaires et notamment d’autres agences sanitaires européennes, à travailler à l’établissement des principes généraux de tels protocoles d’étude». Le HCB proposait même une nouvelle étude sur le maïs NK603, en y associant les auteurs de l’étude conspuée [JDLE]. Au niveau européen, la direction générale Santé et Consommateurs leur avait emboîté le pas en finançant une étude de toxicité à long terme sur le maïs NK603, sur une durée de deux ans, financée par la DG Recherche et Innovation dans le cadre du 7e programme-cadre pour la recherche et le développement technologique de l’Union. La France a d’ailleurs insisté, rappelle le CGDD, pour que l’étude «porte aussi sur l’association maïs transgénique/herbicide».

 

Les recherches sur les OGM

Risk’OGM –le nom du programme français- est-il ambitieux? Il s’agit de ne retenir qu'un seul projet qui réunira les équipes et les compétences nécessaires sous la forme d’un consortium de partenaires pilotés par un coordinateur unique. Le CGDD commence par résumer à grands traits les clivages qui traversent le sujet: «Certains scientifiques du domaine des biotechnologies considèrent qu’il n’y a pas lieu de débattre des OGM d’un point de vue sanitaire; d’autres estiment en revanche que les études actuellement exigées avant la commercialisation garantissent un haut niveau de sécurité sanitaire, mais ils appellent à la vigilance pour détecter d’éventuels signaux faibles d’effets sanitaires potentiels; certains enfin considèrent que les connaissances scientifiques ne permettent pas de statuer sur les effets à long terme de la consommation d’OGM.»

 

Doté d’un budget de 2,5 millions d’euros -soit moins que le coût de la seule étude menée par Gilles-Eric Séralini-, Risk’OGM se propose d’abord de mener une veille sur l’évolution scientifique et d’organiser des séminaires. Au plan de la recherche, le CGDD compte mettre en mouvement plusieurs champs disciplinaires: l’épidémiologie animale, la toxicologie, «y compris protéomique et métabolomique et analyse par la biologie des systèmes (animaux de laboratoire ou de rente)», et l’élaboration de modèles in vivo ou in vitro. L’OGM à étudier n’est pas imposé par le CGDD. Mais il implique des essais en plein champ, puisque le CGDD précise que «les plantations expérimentales de l’OGM choisi seront déléguées à un prestataire chargé d’assurer sa culture selon les bonnes pratiques agricoles et dans des conditions maîtrisées, dans un pays où cette culture est autorisée». Une démarche justifiée par l’obligation de «disposer de matériel génétiquement modifié pour toute la durée du test mais aussi de matériel non génétiquement modifié, cultivé dans des conditions identiques, pour les lots-témoins».

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Dans le champ de l’épidémiologie animale, la surveillance d’animaux d’élevage est préconisée, «dont la durée de vie commerciale devra être suffisamment longue pour pouvoir juger des effets sanitaires à long terme de la consommation d’aliments contenant des PGM». «Le nombre d’animaux inclus dans le protocole devra être suffisant pour garantir la puissance statistique de l’étude», est-il précisé, dans une référence à peine transparente à l’étude Séralini, accusée de ne pas avoir sélectionné suffisamment de rats.

 

 

Les recherches sur les perturbateurs endocriniens

La publication de cet appel à projets intervient alors que la synthèse des vues du travail chargé de l’élaboration de la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens n’est pas achevée, et que le texte exposant la stratégie nationale n’a toujours pas été mis en consultation sur le site du ministère. «C’est une démarche décousue», déplore Elisabeth Ruffinengo, chargée de campagne à Women in Europe for a common future (WECF), qui a participé au groupe de travail. «Alors que sort le plan national Santé, il n’y a pas de coordination avec la question des perturbations endocriniens», déplore-t-elle.

 

Trois thèmes de recherche sont définis dans le document: substituts au bisphénol A, imprégnation des populations et développement de modèles animaux et non animaux pour étudier l'effet des perturbateurs endocriniens. Sur le fond, les associations parties n’y voient rien à redire, sans pour autant y retrouver les questions discutées au sein du groupe d’étude. «C’est dommage que ces recherches ne soient pas intégrées dans une démarche européenne; au lieu de cela, chaque pays refait ses études dans son coin», remarque-t-elle.

 

Le CGDD justifie ce champ très restreint par «un budget prévu (…) légèrement inférieur aux appels à projets précédents (de l’ordre de 750.000 euros)», ce qui entraînera en outre qu’un plus petit nombre de projets seront sélectionnés (de l’ordre de 3 à 7). Toutes les disciplines scientifiques sans restriction sont appelées à concourir, «et en particulier la biologie fondamentale, la toxicologie, l’écotoxicologie, la recherche clinique, l’épidémiologie, la science des expositions, l’analyse du risque sanitaire, l’économie de la santé, les sciences humaines et sociales, l’épistémologie». Un budget qu’André Cicolella, le président du réseau Environnement-Santé, juge en deçà de l’enjeu, «qui est tout de même de faire reculer les épidémies chroniques».

 

http://www.journaldelenvironnement.net/article/une-etude-revele-les-dangers-d-un-mais-genetiquement-modifie,30758

 

http://www.journaldelenvironnement.net/article/ogm-l-efsa-fusille-l-etude-seralini,31899

 

http://www.journaldelenvironnement.net/article/etude-seralini-le-non-mais-de-l-anses-et-du-hcb,31272

 

 



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