L’érosion, la pollution et l’urbanisation dégradent les sols

Le 10 février 2009 par Sabine Casalonga
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A quelques jours de l’ouverture du Salon de l’agriculture, l’Inra a dressé un état des lieux de la qualité des sols en France, lors d’un point-presse lundi 9 février (1). Les négociations sur le projet de directive Sol ont été relancées par la Présidence tchèque qui espère obtenir un accord lors du Conseil de juin.

«Le sol est un maillon essentiel de l’environnement, mais il est encore insuffisamment pris en compte», estime Dominique Arrouays, directeur de l’unité Infosol de l’Inra d’Orléans. Son équipe coordonne le Groupement d’intérêt scientifique (GIS) Sol, créé en 2001 afin de pallier le déficit d'informations sur les sols et répondre aux préoccupations liées à leurs dégradations. Reconduit en 2006 pour 5 ans, ce programme réunit les ministères en charge de l’agriculture et de l’environnement, l’Inra, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), l’Institut de recherche pour le développement (IRD), l'ex-Institut français de l'environnement (Ifen) devenu Service de l’observation et des statistiques (SOeS) et l’Inventaire forestier national (IFN).

L’érosion, la baisse de la teneur en matière organique et la contamination des sols sont les trois menaces prioritaires identifiées par la Commission européenne dans sa stratégie thématique de protection des sols, élaborée en 2002.

En France, l’érosion concerne 25% des sols, principalement les plaines du Nord-Pas de Calais (NPC), de l’Ile-de-France (IDF), de la Seine-Maritime et du Languedoc-Roussillon. Si 100 à 1.000 kilogrammes par hectare (kg/ha) de sol se forment naturellement chaque année, plusieurs dizaines de tonnes/ha/an peuvent être érodées dans certains secteurs.
La perte de matière organique, autre problème majeur lié à la culture intensive, génère des émissions de gaz carbonique (CO2) dans l’atmosphère et favorise l’érosion. «La modification de certaines pratiques agricoles permettrait de stocker deux à trois tonnes de carbone organique supplémentaires par an sur le territoire [3 milliards de tonnes sont stockées dans le sol français]», indique toutefois Dominique Arrouays.

La contamination des sols a été mesurée par le GIS Sol sur 2.200 sites répartis sur le territoire. Les résultats définitifs de cet état des lieux seront publiés en 2010. Parmi les 90 substances préoccupantes recherchées, 30 ont été détectées. «Globalement, les taux de pollution diffuse mesurés ne justifient pas une alerte de la population», indique le chercheur de l’Inra. Il reconnaît toutefois avoir été surpris de l’étendue de la pollution diffuse par certains métaux lourds, dont le plomb, dans une zone supérieure à 100 km autour des grandes agglomérations telles que Paris. Autre surprise: du lindane, un insecticide interdit en France depuis 1998, a été détecté dans de nombreux sols, lors d’une étude-pilote réalisée dans 4 départements (Nord, Pas de Calais, Somme et Seine-Maritime). En revanche, aucun autre polluant organique persistant (POPs) n’a été détecté.

Malgré cette dégradation évidente, le chercheur de l’Inra estime que «les sols sont loin d’être morts», car ils recèlent encore une riche biodiversité: «Des milliards de micro-organismes sont présents dans chaque gramme de terre même cultivée intensivement». Leur quantité aurait toutefois diminué d’un facteur deux à trois. Une réduction des macro-organismes, comme les vers de terre au rôle écologique majeur, a également été observée dans certaines zones, passant de 5 t/ha à moins de 500 kg/ha en une dizaine d’années.

Autre préoccupation majeure, l’urbanisation du territoire imperméabilise 600.000 ha de sols tous les 10 ans en France, soit l’équivalent de la taille moyenne d'un département. L’utilisation de matériaux de construction «poreux» et la reconstruction sur des friches industrielles font partie des solutions.

Après cet état des lieux, l’Inra entend proposer des recommandations à partir de 2011 prenant en compte les données issues de la cartographie des sols, autre programme du GIS Sol, dont l’achèvement est prévu vers 2013. A l’heure actuelle, aucune mesure contre l’érosion n’a encore été mise en place, malgré les dispositions de la loi de 2003 sur la prévention des risques. Quant à la lutte contre l’urbanisation qui figure dans le projet de loi Grenelle I, elle ne se traduit pas en actions concrètes dans le Grenelle II.

A l’échelle européenne, la directive-cadre sur la protection des sols, proposée en 2006 par la Commission, a été désapprouvée lors du Conseil de décembre 2007 par certains pays très opposés tels que l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni (2). «Des obstacles politico-financiers demeurent. Certains pays au lourd passé industriel redoutent les coûts liés à la réhabilitation des sols», souligne Didier Rat, chargé de mission Sols au ministère de l’agriculture. Le Parlement européen avait approuvé le texte en première lecture en ajoutant toutefois 150 amendements. La France, bien qu’en accord sur le principe, s’oppose à certaines dispositions jugées trop contraignantes et prône un programme d’actions ciblées sur certaines zones. Lors de sa Présidence du Conseil, le dossier n’a guère évolué. La République tchèque qui a repris le flambeau, espère obtenir un accord du Conseil en juin prochain. Mais rien n’est moins sûr. «Les sols soulèvent des questions très sensibles de propriété privée et sont liés à des enjeux économiques et industriels», rappelle Didier Rat.

(1) «Le sol», dossier de l’Inra (janvier 2009)
(2) Dans le JDLE «Pas d’accord au Conseil sur les sols pollués»


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