L’EPR: trop cher et trop risqué pour la Cour des comptes britannique

Le 23 juin 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Chaque consommateur britannique paiera 15£ par an pour payer les 2 réacteurs EPR.
Chaque consommateur britannique paiera 15£ par an pour payer les 2 réacteurs EPR.
EDF Energy

Dans un rapport circonstancié, la Cour des comptes britannique (NAO) fustige l’action des deux derniers gouvernements, coupables d’avoir signé un contrat risqué et défavorable aux intérêts des consommateurs.

Il n’y a pas que les anti-nucléaire ou les concurrents d’EDF pour tiquer sur le modèle économique de la future centrale nucléaire de Hinkley Point C (HPC). Dans un rapport publié le 22 juin, la NAO juge sévèrement l’accord conclu en septembre dernier entre le gouvernement de sa Majesté et la filiale britannique de l’énergéticien français. Rappelons-en la clause qui fait polémique: le contrat sur la différence (CSD).

Taxe sur la consommation d’électricité

Pour garantir le financement et la rentabilité des deux réacteurs EPR qu’elle entend mettre en service en 2025, EDF Energy a obtenu de Londres de vendre son mégawattheure (MWh) au prix garanti de 92,5 livres (105 euros), 35 années durant. Au terme de ce contrat sur la différence, EDF Energy vendra les électrons de HPC à une entreprise publique, la Low Carbon Contracts Company (LCCC), financée par une taxe sur la consommation d’électricité.

N’oublions pas les déchets et le démantèlement

Pour le cas où le prix du marché de gros serait inférieur à ces 92,5 £/MWh, la LCCC paiera à EDF Energy la fameuse différence (entre le prix du marché et le prix de vente garanti). Les consommateurs devront payer la différence la même ?. Dans le cas contraire, EDF Energy versera le surplus à LCCC.

30 milliards de subvention

La Cour des comptes craint que les consommateurs britanniques ne soient pas les principaux bénéficiaires de l’opération. Si tout va bien, le montant moyen de la facture pourrait grimper de 10 à 15 £/an pour financer le CSD: l’équivalent de 30 Md£ de subvention en 35 ans. Dans le cas (probable pour des EPR) où la construction durerait plus longtemps que prévu, ce montant pourrait doubler.

Cher nucléaire. Aux 18 Md£ d’investissements pour la construction des deux tranches EPR, il faut ajouter une provision de 7,3 Md£ couvrant les frais de gestion des déchets radioactifs (combustibles usés) et le démantèlement de la centrale.

Mais ce ne sont là que des estimations minimales. Car le prix de gros actuel est déjà inférieur de moitié au prix garanti à l’exploitant des futurs EPR. Et rien ne dit qu’il ne baissera pas encore, comme le craint la Cour des comptes. Notamment grâce au développement des énergies renouvelables. Du fait que les projets éoliens, notamment, sont sélectionnés à l’issue d’appels d’offres, leurs promoteurs resserrent drastiquement les coûts.

Retour sur investissement

Les coûts de production des prochains parcs éoliens marins tourneront ainsi autour de 55 €/MWh: deux fois moins que les EPR de Hinkley Point. Or, jamais, regrettent les auditeurs, le gouvernement britannique n’a mis EDF en concurrence, ni n’a cherché à négocier les prix. Il fallait à tout prix construire de nouvelles capacités décarbonées, tout en garantissant aux investisseurs (EDF et le chinois CGNPG) un retour sur investissement supérieur à 9%.

Mutualiser les risques

Cela étant, rétorquent les partisans de l’énergéticien tricolore, les Britanniques ont quelques garanties. EDF Energy ne percevra pas la moindre aide publique tant que les EPR n’injecteront pas le moindre MWh. En outre, le gouvernement peut annuler le CSD, au cas où les délais de la mise en service seraient dépassés. Vrai, confirment les rédacteurs du rapport, qui précisent aussi «qu’il y a des exemples récents de grands projets d’infrastructures dont les risques ont été transférés du privé au public pour garantir leur réalisation». A fortiori lorsque le porteur du projet, EDF, est dans une situation financière difficile.

Trop cher et trop risqué

En conclusion, les gendarmes des finances publiques estiment que le projet d’Hinkley Point C coûtera trop cher aux consommateurs et qu’il est trop risqué financièrement pour le gouvernement. Un risque qui pourrait encore s’accroître avec le Brexit. La sortie de l’Europe oblige, mécaniquement, le Royaume-Uni à quitter le traité Euratom. Ce qui rendra plus difficile, par exemple, l’emploi d’ingénieurs, de techniciens ou d’ouvriers non britanniques sur le chantier de l’EPR. Or les Britanniques n’ont plus construit de centrale nucléaire depuis 22 ans. Pas sûr que les compétences aient été maintenues à niveau.

 



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