L’EPR traine et exaspère

Le 21 juillet 2011 par Stéphanie Senet et Geneviève De Lacour
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Les EPR prennent du retard et coûtent plus cher que prévu
Les EPR prennent du retard et coûtent plus cher que prévu

La France est-elle réellement prête à se doter de réacteurs nucléaires de 3e génération (EPR) ? Trop chers, trop dangereux, inutiles…Nombreuses sont les voix qui s’élèvent contre les projets de Flamanville et de Penly, dans un contexte toujours marqué par la catastrophe de Fukushima.

EDF l’a annoncé hier 20 juillet, il faudra attendre 2016 pour que l’EPR (European Pressurized Reactor) de Flamanville, dans la Manche, soit mis en service. Initialement programmé pour 2012, le bébé de l’électricien et d’Areva coûtera également plus cher que prévu.
 
Il faudra en effet tabler sur 6 milliards d'euros pour achever la construction de l’EPR normand (au lieu de 3,3 milliards), sans compter les frais d’assurance, d’élimination des déchets et de démantèlement, souligne France Nature Environnement (FNE) dans un communiqué. «Cette technologie ancienne mobilise donc des fonds publics considérables au détriment des énergies renouvelables et des mesures en faveur des économies d’énergie», poursuit la fédération.
 
Par rapport aux réacteurs des générations passées, l'EPR contient presque deux fois plus de béton et quatre fois plus de ferraillage. Un chantier donc plus cher, et plus difficile. « Dans certaines situations, construire dans les délais impartis est quasiment impossible » avoue Philippe Bonnave, directeur général délégué de Bouygues Construction. La tâche est particulièrement ardue dans le génie civil, où les heures de main-d’œuvre sont passées de 4 millions à 15 millions. Mais si le chantier a pris beaucoup de retard, ce n’est pas que pour des raisons liées au génie civil. Le 1er juillet dernier, le parquet de Cherbourg a ouvert une enquête préliminaire pour travail dissimulé. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l'Urssaf soupçonnent en effet le constructeur Bouygues de faire travailler en toute illégalité  une centaine de salariés dont 80 Polonais. D’autres enquêtes ont été menées sur ce chantier : la première concerne un homicide involontaire suite au décès d'un intérimaire de 37 ans employé par Normetal (métallurgie) après une chute le 24 janvier 2011. La deuxième a débuté après le décès d'un manager de 32 ans, salarié de Endel (maintenance). La troisième a été ouverte fin juin après le constat par l'ASN qu'un accident du travail sur quatre n'avait pas été déclaré en 2010 sur le site.
 
D’autre part, des analyses doivent être menées dans le cadre des audits lancés par l’ASN après la catastrophe de Fukushima au Japon (voir le JDLE), ce qui freine le projet.
 
Pour Noël Mamère, député Europe Ecologie-Les Verts, il faut tout simplement arrêter ce chantier, conformément à ce que demandent les écologistes. Mais lorsque ces derniers veulent exprimer leur opposition, le message n’est pas toujours entendu. Début mai dernier, des activistes de Greenpeace ont été placés en garde à vue après avoir participé au blocage du chantier. L’ONG a par la suite indiqué que quatre d’entre eux avaient subi des violences de la part des forces de l’ordre.
 
Du même type que celui de Flamanville, le projet d’EPR de Penly (Seine Maritime) ne semble pas non plus en bonne voie. Annoncé fin janvier 2009 par le président de la République, l’Autorité environnementale a demandé à EDF de revoir sa copie (dans le JDLE). Selon le réseau « Sortir du nucléaire », la technologie pour le réaliser n’est pas mûre. «L’EPR ne convainc plus parce qu’il est incapable de garantir une électricité à bon marché et plus encore un retour sur investissement appréciable pour des entreprises exposées à une contrainte concurrentielle très forte», explique l’ONG (dans le JDLE). Mais coup de théâtre, aujourd’hui 21 juillet, Hervé Machenaud, le patron du nucléaire d’EDF a confirmé la réalisation du projet d'EPR à Penly auprès du journal Les Echos. Il a toutefois précisé que la mise en service ne se ferait plus en 2017, mais en 2020.
 
Actuellement, EDF construit 2 centrales de type EPR en Chine et pense bénéficier de cette expérience supplémentaire avant de s’attaquer à la construction de 4 nouveaux EPR en Grande Bretagne. Un porte-parole d’EDF en Grande Bretagne a précisé auprès du quotidien britannique The Guardian que le calendrier initial prévoyait un début de construction des réacteurs britanniques pour 2018, mais que le programme pourrait être ajusté. Le représentant d’EDF estime qu’il n’existe aucune raison pour laquelle le projet de construction des centrales de Sizewell dans le Suffolk et d’Hinley Point dans le Somerset, dont le coût est estimé à 23 milliards d’euros, subisse le même genre de retard qu’en France. Mais l’exemple de l’EPR construit par Areva en Finlande dont la construction est également retardée n’arrange pas les affaires d’EDF en Grande-Bretagne.
 
Les Amis de la Terre estiment que les retards successifs pris par EDF dans cette technologie devraient favoriser les énergies renouvelables « plus compétitives » selon l’association.


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