L’EPR pouvait-il être moins cher?

Le 27 février 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le coût final sera probablement le triple du devis initial (soit 8,5 Md€).
Le coût final sera probablement le triple du devis initial (soit 8,5 Md€).
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A l’heure où Areva passe une énième provision (de 250 millions d’euros) sur le chantier de l’EPR finlandais, la question se pose effectivement. Elle est d’ailleurs clairement posée aux parties prenantes par une commission de l’Assemblée nationale, présidée par le socialiste François Brottes.

 

Dans la session de ce jeudi matin 27 février, les responsables français de la sûreté ont apporté leur réponse. En partie contredite par Hervé Machenaud, directeur exécutif chargé de la production et de l'ingénierie d’EDF.

 

Le problème est désormais connu: à Olkiluoto (Finlande) ou à Flamanville (Manche), la construction et le coût des deux premières têtes de série du petit dernier d’Areva ont explosé. Le coût final sera probablement le triple du devis initial (soit 8,5 Md€).

 

Et, pour le cas français, il n’est pas certain qu’EDF arrive à construire Flamanville 3 à temps. «Si sa mise en service n’intervient pas avant le mois d’avril 2017, le gouvernement pourra annuler son décret d’autorisation de création», rappelle Philippe Jamet, commissaire à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

 

Ce retard était-il prévisible? Oui et non, ont répondu les deux parties. Oui, car au moment du démarrage des deux chantiers, les Français n’avaient plus construit de centrale nucléaire depuis une quinzaine d’années. «Le savoir-faire s’entretient et doit être reconstruit quand les objets changent», estime Philippe Jamet. «C’est vrai que d’annoncer que l’on allait construire des prototypes en 4 ans, cela n’était pas très sérieux», enchérit Jacques Repussard, directeur général de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

 

Pas sérieux car EDF, de l’aveu de Hervé Machenaud, a engagé les travaux de Flamanville 3 sans avoir réalisé les études d’ingénierie idoines: «Nous avons repris le retour d’expérience de Civaux 2 [le dernier réacteur du palier de 1.400 mégawatts], ce qui n’était pas forcément la bonne référence». Manque de chance, les bâtisseurs ont aussi rencontré des difficultés de génie civil. Au total, l’EPR normand coûtera 25% plus cher que ses petits frères. «Ce qui correspond au surcoût que nous avons observé sur Chooz B par rapport aux réacteurs de 1.400 MW suivants», temporise Hervé Machenaud.

 

Au total, le réacteur normand devrait produire à un coût relativement comparable à celui de ses (futurs) cousins britanniques de Hinkley Point. Au terme de longues tractations avec le gouvernement britannique, EDF Energy s’est engagé, en octobre 2013, à vendre leur production au prix unique de 109 euros par mégawatheure (€/MWh)) pendant 60 ans. Avec une marge brute de 10% pour la filiale anglaise d’EDF. Pour le reste du parc EPR (si celui-ci est construit en France), EDF vise un coût de production de 70 à 90 €/MWh, «conformément aux analyses de la Cour des comptes», reprend Hervé Machenaud.

 

Le pari est audacieux. Certes, profitant des effets de la standardisation, l’électricien semi-public espère construire ses prochains EPR à prix réduits.

 

«Sur le coût de 8,5 Md€, à peu près 900 M€ sont identifiés comme des coûts spécifiques liés essentiellement à de l'ingénierie et sont amortissables sur le reste de la série. Ces coûts-là sont portés par Flamanville, mais ils ne seront plus portés par les autres», explique Hervé Machenaud.

 

D'autres surcoûts sont liés aux «difficultés inhérentes à la tête de série», «avec des prescriptions et des contraintes que nous nous sommes fixées à nous-mêmes et qui au fond n'étaient pas constructives, réalistes et industrielles». Elles ont entraîné d'importants retards notamment dans le génie civil, a-t-il reconnu. Cette partie là, «nous l'évaluons à peu près de 1 à 1,5 Md€». «Donc le coût de l'EPR pour nous, si l'on enlève ces deux choses, relève plutôt de l'ordre de 6 à 6,5 Md€.»

 

Certes, mais pour réduire les coûts, EDF prévoit de réviser en profondeur le «basic design» de l’EPR, notamment pour pouvoir utiliser moins de béton et de ferraille, sans diminuer la sûreté. Ce qui pourrait nécessiter qu’Areva repasse les longues épreuves de certification, dans les pays où l’EPR est déjà certifié, comme en France, au Royaume-Uni ou en Finlande.

 

 

 



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