L’EPR, l'arbre qui cache les difficultés d’Areva

Le 19 novembre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La construction de l'EPR normand accuse déjà deux ans de retard.
La construction de l'EPR normand accuse déjà deux ans de retard.

Les retards se succèdent dans la réalisation de l'EPR de Flamanville. Ce qui n'arrange pas les affaires de son constructeur, Areva.

Rien ne va plus au royaume du nucléaire français. Accusant déjà deux ans de retard, l’EPR de Flamanville est bien parti pour déraper aussi longuement que son sister ship finlandais.

Mardi 18 novembre, EDF annonçait un nouveau report de l’entrée en service de la troisième tranche (en cours de construction) de sa centrale normande. Dans un communiqué, l’électricien explique que le constructeur du réacteur, Areva, a rencontré des problèmes «sur le couvercle et les structures internes de la cuve». Le groupe nucléaire, désormais présidé par Pierre Blayau, a également détecté un défaut de soudure sur les générateurs de vapeur, poursuit l’électricien. Conséquence: l’EPR cotentinois ne devrait pas démarrer avant 2017. Soit un an de retard supplémentaire.

Problèmes à répétition

Ces derniers mois, le plus gros chantier de France a été victime de ferraillages insuffisants, d’un manque de suivi de la qualité du bétonnage, de fissures dans l’ilot nucléaire, d’anomalies sur l’enceinte, de l’installation de 45 consoles inadéquates, de deux accidents mortels. Sans oublier le montage sens dessus dessous d’une vanne à la fin du printemps 2013.

Ce démarrage contrarié de l’EPR pose-t-il un problème d’alimentation électrique? Probablement pas. Dans son schéma décennal de développement du réseau, publié en septembre dernier, RTE avait déjà anticipé une mise en route du réacteur de nouvelle génération pour… 2018.

Pas de risque de black-out

Commencée en 2007, la construction de Flamanville 3 devait initialement s’achever en 2012. Le coût initial de cette tête de série devait légèrement excéder 3 milliards d’euros. Aujourd’hui, le montant du devis flirte avec les 9 Md€.

Si elle ne semble pas dégrader la sécurité de notre approvisionnement en électricité, l’arrivée tardive de Flamanville 3 augure un sombre avenir pour Areva. Le leader français du nucléaire a déjà provisionné 3,9 milliards pour éponger les 9 années de retard que connaît aussi le chantier d’Olkiluoto 3, l’EPR finlandais.

A cela s’ajoutent le manque de commandes japonaises (le parc est arrêté depuis la catastrophe de Fukushima), le démarrage repoussé des programmes nucléaires sud-africain, saoudien, polonais et britannique. Sans oublier la non-conclusion d’accord sur le recyclage du combustible américain.

Quel actionnariat pour Hinkley Point C?

Conséquence logique: les pertes devraient dépasser le milliard d’euros pour 2014, pour un chiffre d’affaires inférieur à 10 Md€. Pour les années suivantes, on ne sait pas encore. Mardi 18 novembre, le groupe a publié un communiqué indiquant qu’il «suspend ses perspectives financières pour les exercices 2015 et 2016». «Cette affaire montre que le nucléaire sûr et rentable n’existe pas», claironne, en réponse, le député de Paris (EELV) Denis Baupin.

La faiblesse d’Areva inquiète EDF. L’industriel doit prendre 10% du capital de la centrale Hinkley Point C[1]. Ce qui n’est pas un petit investissement. EDF Energy estime à 16 milliards de livres (20 milliards d’euros) la construction de cette installation dans le sud-est de l’Angleterre. Anticipant un possible retrait de l’industriel, l’électricien cherche de nouveaux actionnaires pour ses centrales anglaises. Outre EDF et Areva, les compagnies chinoises China General Nuclear Corporation (CGNC) et China National Nuclear Corporation (CNNC) doivent acquérir, ensemble, de 30 à 40% du capital de la centrale. Selon l’AFP et le Financial Time, l’électricien saoudien Saudi Electricity pourrait être intéressé par une prise de participation, à hauteur de 15%.

 



[1] Laquelle sera équipée de deux réacteurs EPR.

 



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