L’EPR fait chuter EDF

Le 03 septembre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La cuve de l'EPR, un élément critique.
La cuve de l'EPR, un élément critique.
ASN

Les électriciens européens ayant choisi l’EPR poursuivent leur descente aux enfers. Ce jeudi 3 septembre, EDF a annoncé un nouveau retard de la mise en service du réacteur franco-allemand, en cours de construction à Flamanville.

En langage d’électricien, on appelle cela une optimisation du pilotage de projet. En clair, après les nombreux incidents survenus sur le chantier ces dernières années, l’énergéticien semi-public a enfin conduit «une revue complète du projet de l’EPR de Flamanville et de son organisation pour améliorer la maîtrise industrielle du chantier jusqu’à sa mise en service».

En découlent une nouvelle organisation des travaux, de nouveaux «cadres contractuels avec les principaux fournisseurs», des «échanges renforcés avec l’Autorité de sûreté nucléaire [ASN], en particulier dans le cadre de la nouvelle réglementation sur les équipements sous pression».

Triplement du montant de la facture

Résultat des courses, bien que le génie civil soit achevé à 98% (contre 60% pour les montages électromécaniques), l’achèvement du plus gros chantier de France prendra un nouveau retard –le 4e. La production d’électrons n’est désormais plus prévue avant le 4e trimestre 2018. Fort logiquement, le montant de la facture en prend un coût: le chef d’œuvre d’Areva devrait coûter 10,5 milliards d’euros à EDF: plus du triple du montant prévu! Fort logiquement, la nouvelle a profondément déplu aux investisseurs: le titre EDF accuse une baisse de 2,5% aujourd’hui. Et cela n’est peut-être pas fini…

Pour pouvoir charger son dernier-né en combustible, EDF devra prouver la fiabilité de sa cuve (un fameux équipement sous pression) à l’ASN. Usinée avec des méthodes inédites, la cuve de Flamanville 3 présente des concentrations trop importantes de carbone dans certaines parties du fond. Le même problème frappe le couvercle de la cuve. Toute la question est de déterminer si ces «anomalies de la composition de l’acier» sont de nature à diminuer la sûreté du plus gros réacteur nucléaire du monde. Les études sont en cours et devraient s’achever en 2016.

Pour tenir son nouveau calendrier, EDF doit absolument obtenir le feu vert du gendarme du nucléaire l’année prochaine. Possible, si l’audit de la cuve et du couvercle se révèle favorable. Dans le cas contraire, l’ASN pourrait demander de forger une nouvelle cuve ou un nouveau couvercle. Ce qui ne s’improvise pas et prend des années.

Soucis gouvernementaux

Les retards de l’EPR normand causent aussi bien des soucis au gouvernement. L’équipe de Manuel Valls prévoyait de fermer les deux tranches de Fessenheim au moment du démarrage du premier EPR français. De quoi, tout à la fois, respecter l’engagement de fermeture de Fessenheim (avant 2017) pris par le président de la République et le plafonnement à 63,2 gigawatts électriques de la puissance nucléaire installée, imposée par la loi sur la transition énergétique. Cette même loi du 17 août 2015 impose à un exploitant d’installation nucléaire de base (INB) de déposer, au plus tard, 18 mois avant la date de mise en service sa demande d’autorisation d’exploiter. Or le dossier déposé à l’ASN a déjà été retoqué l’été dernier. On comprend mieux dans ces conditions le report sine die de la publication de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE prévue pour la fin 2015 par la loi sur la transition énergétique).

Premier pays à avoir choisi l’EPR, la Finlande se mord les doigts de sa décision. La mise en service commerciale du bijou franco-allemand est prévue pour 2018, avec 10 ans de retard et de sérieux dérapages budgétaires. Client et fournisseurs se réclament mutuellement des milliards d’euros de dommages et intérêts.

Au Royaume-Uni, EDF Energy prévoit de construire deux, voire quatre, EPR dans les prochaines années. Mais devant les déboires du réacteur «le plus avancé en matière de sûreté et de performance» (dixit EDF), la filiale britannique du géant français peine à boucler son budget. Raison pour laquelle elle tente de rallier à son panache atomique des actionnaires chinois. Ce qui ne semble pas totalement bouclé. Autre écueil: l’Autriche et 10 énergéticiens européens ont attaqué, devant la Cour européenne de justice, l’accord conclu entre EDF Energy et le gouvernement de David Cameron, lequel permet à EDF de vendre les 26 térawattheures que produiront annuellement les deux premiers EPR made in UK au prix fixe de 92,5 livres le mégawattheure (117,5 €). Et ce, 35 années durant. Pas sûr que le consommateur d’outre-Manche en sorte gagnant.

 



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