L’EPA confirme que la fracturation hydraulique pollue l’eau

Le 14 décembre 2016 par Marine Jobert
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Le cycle de contamination des eaux.
Le cycle de contamination des eaux.
EPA

Sans surprise, l’agence américaine pour la protection de l’environnement établit que la fracturation hydraulique contamine bien l’eau. Elle formule des recommandations au législateur pour mieux encadrer plusieurs phases du processus. Des conseils qui risquent de rester lettre morte.

«La bonne science prend du temps.» Dans le cas de l’EPA et de son évaluation des conséquences sur l’eau potable de la technique de la fracturation hydraulique, il aura fallu 5 ans. Cinq années depuis la requête du Congrès, pour rassembler 1.200 sources, rédiger 13 rapports techniques, auditionner toutes les parties prenantes. Pendant ce temps-là, le marché du gaz de schiste a perdu de sa superbe, les cours s’effondrant et les critiques s’accumulant. Mais il pourrait connaître un renouveau avec l’équipe Trump. Publié le 12 décembre, le rapport de l’EPA -à qui le nouveau président des Etats-Unis a promis les pires avanies- sonne comme un chant du cygne.

Entre 2000 et 2013, l’EPA estime que l’eau de 8,9 millions de personnes provenait d’équipements publics près desquels, dans un rayon de 1 mile (1,6 km), se trouvait un puits fracturé. Auxquelles s’ajoutent les 3,6 millions de personnes qui ont eu recours à des fournisseurs non publics.

Déverser dans les rivières

Pourtant, ces 666 pages recèlent de mauvaises nouvelles –la plupart déjà largement connues et dénoncées- pour la qualité de l’eau de ces contrées investies par les foreuses, allant de «changements temporaires dans la qualité de l’eau à des contaminations qui rendent l’eau des puits privés[1] inutilisables». L’EPA a listé 6 moments critiques, les plus susceptibles de porter atteinte aux masses d’eau. Comme le fait de pomper dans des moments ou à des endroits où la nappe phréatique est déjà très fragilisée. Ou lors des fuites vers les eaux souterraines de produits chimiques utilisés pour faciliter la fracturation de la roche ou des liquides chargés de métaux qui remontent en surface. Ou quand les pétroliers injectent les fluides de fracturation sous haute pression dans des puits à l’intégrité douteuse –voire directement dans les eaux souterraines-, faisant s’échapper gaz et liquide dans les masses d’eau. Le rejet des eaux de fracturation directement dans des rivières est également pointé du doigt, ainsi que leur stockage dans des bassins peu étanches.

1.084 produits chimiques

L’EPA estime qu’entre 25.000 et 30.000 nouveaux puits ont été forés et fracturés chaque année entre 2011 et 2014, outre ceux qui l’étaient dans la même période pour augmenter la production d’hydrocarbures. En 2015, du fait de la baisse des cours, leur nombre a un peu diminué, mais tourne encore autour de 20.000. 1.084 produits chimiques différents ont été utilisés entre 2005 et 2013 pour forer ces puits. 98 d’entre eux sont suspectés d’effets cancérigènes, reprotoxiques, neurotoxiques, etc. «La gravité des conséquences sur les ressources en eau potable dépend, en partie, de l’identité et de la quantité de produits qui entrent dans l’environnement», précise l’EPA, qui ne peut fournir une fiche unique pour tous les puits, chacun ayant ses spécificités techniques et géologiques. L’agence fédérale souligne qu’une partie de l’évaluation demandée n’a pu être menée à bien, faute de données. Pas sûr que la prochaine administration lui donne les moyens de poursuivre ses investigations.



[1] 14% des Américains tirent leur eau d’un puits privé.

 



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