L’éolien français dans le pot au noir

Le 11 janvier 2011 par Célia Fontaine
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« Si le potentiel de croissance du marché de l’éolien en France reste important avec environ 20.000 mégawatts (MW) à installer d’ici 2020, moins de 1.000 MW auront été connectés au réseau électrique en 2010. Cela représente une baisse de 10 % par rapport à l’année précédente », indique une étude publiée le 10 janvier par le cabinet d’études économiques Xerfi.

Intitulée « Le marché français de l’éolien à l’horizon 2020 – la rentabilité des exploitants de parcs, la structure de la concurrence et les mutations à l’œuvre au sein de la filière », l’étude de 270 pages estime que l’objectif du Grenelle Environnement, qui vise à multiplier cette puissance par 5 d’ici 2020, ne sera vraisemblablement pas atteint.

Le parc éolien français ne dépassera pas 15.000 mégawatts (MW) à terme, contre 25.000 MW prévus par le Grenelle Environnement, estime l’étude. Le Grenelle vise 10 % d'électricité éolienne dans la production électrique de notre pays en 2020.

Selon le scénario retenu, 400 à 500 nouvelles éoliennes seront installées chaque année dans le pays, chaque projet nécessitant de lourds investissements. Même si les exploitants de fermes éoliennes s’endettent, la situation reste tenable pour l’instant, notamment grâce à la « très forte performance d’exploitation réalisée par la profession », souligne le consultant. En outre, via EDF, l’Etat garantit le rachat de l’électricité produite par les fermes éoliennes à des conditions de prix très avantageuses pendant 15 ans.

Mais la réforme du cadre réglementaire risque de freiner le développement de la filière.

Avec l’obligation instaurée par la loi Grenelle II d’installer au minimum 5 mâts pour implanter un parc, « 13 millions d’euros minimum seront désormais nécessaires pour implanter une ferme éolienne en France », pronostique Philippe Gattet, auteur de l’étude[1]. Ce qui va inévitablement écarter les petits investisseurs[2] et défavoriser certaines régions. Selon le Syndicat des énergies renouvelables (SER), cette disposition tue dans l’œuf la moitié des projets éoliens du Finistère et 45 % de ceux des Côtes d’Armor.

« Trois autres dispositions sont de nature à contraindre le développement de la filière : la référence aux zones destinées à l'habitation dans le cadre de la règle des 500 mètres, le caractère opposable des schémas éoliens régionaux ainsi que l'application du régime ICPE aux éoliennes », estime le SER. Les professionnels de l’éolien devront également faire face à la « faiblesse du facteur de charge », c'est-à-dire un risque, pour une société d’exploitation, que la production d’électricité n’atteigne pas le niveau espéré. « Le parc éolien, qui fonctionne 1.750 heures par an, est dépendant des conditions climatiques », rappelle l’étude Xerfi.

En outre, les sources de croissance dans l’éolien se situent majoritairement en dehors de l’Europe. Les Etats-Unis et la Chine ont mis sur pied des systèmes d’aides publiques afin de stimuler les investissements. Cette évolution « bouleverse les stratégies de croissance des exploitants mais aussi des acteurs situés à l’amont de la filière », relève Philippe Gattet.

En France, le gouvernement devra remettre au Parlement, au plus tard le 13 juillet 2013, un rapport qui évalue la progression de la puissance des éoliennes, « afin de vérifier la bonne atteinte des objectifs de la programmation pluriannuelle des investissements de production d'électricité par l'installation d'au moins 500 machines électrogènes par an », selon les termes de la loi Grenelle II. Pour Arnaud Gossement, avocat spécialisé en environnement, « le gouvernement n'est pas tenu d'attendre trois ans ni d'attendre que les objectifs soient ratés pour agir et remettre à plat le dispositif juridique né de la loi Grenelle II du 12 juillet 2010 ». Et de poursuivre : « Actionner dès maintenant la clause de revoyure permettrait d'avoir un débat parlementaire et national peut-être plus serein et d'anticiper un échec. »



[1] Quant aux projets éoliens offshore, ils se chiffrent à plusieurs centaines de millions d’euros et peuvent dans certains cas dépasser la barre du milliard €.

[2] La place est donc laissée aux grands groupes (Boralex, EDF, EDP, Enel, GDF Suez, Iberdrola et Res entre autres).



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