L’environnement, un effet double sur le PIB

Le 26 août 2014 par Romain Loury
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Un effet à double tranchant sur le PIB
Un effet à double tranchant sur le PIB
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Intégrer l’environnement dans le produit intérieur brut (PIB) pour mieux fustiger notre modèle économique? Pas forcément: le PIB diminue certes si l’on y intègre la pollution de l’air, mais le taux de croissance est plus élevé, selon une analyse publiée dans Science.

Sans aller jusqu’au Bonheur national brut (BNB), indice longtemps en vigueur au Bhoutan [1], force est d’admettre que le PIB constitue un indice très limité pour mesurer la prospérité réelle d’un pays. Et son intérêt devrait d’autant plus diminuer que les dégâts environnementaux s’accumulent, sans jamais être intégrés dans les indicateurs économiques.

C’est ce vide que Nicholas Muller, chercheur en économie de l’environnement à l’université de Middlebury (Vermont), cherche à combler dans une analyse publiée dans la revue scientifique Science. Son objectif, intégrer le coût de la pollution atmosphérique dans le PIB des Etats-Unis.

L’idée est tout à fait logique: non seulement la qualité de l’air dépend de l’économie d’un pays, mais elle l’influence aussi, par exemple en accroissant le taux de mortalité ou en diminuant les rendements agricoles. Deux raisons pour lesquelles Nicholas Muller qualifie la pollution de l’air de «coût de production».

Grâce au modèle mathématique AP2, le chercheur a converti les émissions américaines de cinq polluants (oxydes d’azote, dioxyde de soufre, particules fines, ammoniac, composés organiques volatils) en coût économique. Ces «dommages externes bruts» ont ensuite été soustraits au PIB, résultant en un indice économico-environnemental baptisé EVA (pour « Environmentally-Adjusted Value Added»).

PIB plus bas, mais plus dynamique

De cette manière, le PIB se voit forcément diminué. Mais de moins en moins au fil du temps: en 2008, l’EVA était ainsi inférieure de 3,2% au PIB, contre 6,4% en 1999. Même constat lorsque Nicholas Muller tient compte du CO2: l’écart se retreint de 8,4% à 4,8% entre 1999 à 2008. Conséquence logique, l’EVA présence un taux de croissance plus rapide que le PIB.

Ce phénomène était particulièrement marqué entre 1999 et 2002, où l’EVA a connu une croissance de 0,58% supérieure à celle du PIB. Par la suite, la différence entre les croissances des deux indices s’est stabilisée autour de 0,3%. Pour Nicholas Muller, rien ne prouve cependant que la croissance soit systématiquement plus forte lorsqu’on y inclut la pollution: pour s’en assurer, il faudrait reproduire l’analyse sur d’autres décennies ou dans d’autres pays.

Selon le chercheur, l’objectif n’est pas, dans l’immédiat, de remplacer le PIB par l’EVA, mais seulement de l’améliorer. La pollution de l’air n’est en effet que l’un des nombreux paramètres qui pourraient enrichir le PIB, qui pourrait s’ouvrir aux déchets solides, à la pollution de l’eau ou à l’émission de métaux lourds comme le mercure. Et là, rien n’assure que la croissance serait toujours aussi positive.

[1] Mis en place en 1972 au Bhoutan, remis en cause depuis 2013 en raison de difficultés économiques, le BNB intègre certes le développement économique, mais aussi la conservation de la culture nationale, la protection de l’environnement et la qualité de la gouvernance. Selon un classement réalisé en 2013, le Danemark arrive en tête, devant la Norvège et la Suisse, la France se situant au 25ème rang.



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