L’environnement négligé par les recommandations nutritionnelles

Le 20 mai 2016 par Romain Loury
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Les Etats-Unis ont renoncé, sous pression du lobby de la viande
Les Etats-Unis ont renoncé, sous pression du lobby de la viande
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En matière d’alimentation, ce qui est bon pour la santé l’est souvent, mais pas toujours, pour l’environnement. Pourtant, rares sont les pays à mentionner l’environnement dans leurs recommandations nutritionnelles, constate l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dans une étude publiée jeudi 19 mai.

Importante source de gaz à effet de serre (environ 25% du total pour l’agriculture), de pollution de l’eau et de déforestation, le système alimentaire mondial semble bien peu durable. La situation pourrait devenir très critique dans les prochaines décennies, avec une hausse de la demande alimentaire de 60% en 2050, du fait de la croissance démographique et de la hausse du niveau de vie dans les pays en développement.

Comment résoudre ce dilemme? Par chance, manger sain (plus de fruits et légumes, de céréales complètes, moins de viande) est aussi plus favorable pour l’environnement. Raison pour laquelle de nombreux experts prônent un changement de régime alimentaire au niveau mondial, et appellent les pays émergents à ne pas imiter les pays industrialisés. Pourtant, leurs conseils sont encore peu pris en compte, comme le révèle l’étude publiée jeudi par la FAO.

Quatre pays sur 83

Epluchant l’ensemble des recommandations nutritionnelles nationales, l’organisme onusien, en association avec le Food Climate Research Network à l’université d’Oxford (Royaume-Uni), n’a trouvé que quatre pays y faisant explicitement référence au facteur environnemental, à savoir la Suède, l’Allemagne, le Brésil et le Qatar. Soit à peine 5% des 83 pays officiellement dotés de telles recommandations.

Sans trop de surprise, c’est la Suède qui est le plus avancé sur le sujet, en faisant référence, à chacun des chapitres de ses recommandations, à des sujets tels que le changement climatique, l’eutrophisation des rivières, les pesticides, le bien-être animal ou l’excès d’antibiotiques dans les élevages.

Outre les sujets environnementaux, le Brésil se distingue par son approche sociétale, appelant à se méfier de la publicité et du marketing. S’il conseille de se méfier des produits ultra-transformés, c’est non seulement pour des raisons sanitaires, mais aussi parce qu’ils constituent une menace pour les cultures alimentaires traditionnelles. Le pays met aussi en garde contre l’excès de viande, facteur de déforestation.

L’Australie et les Etats-Unis ont renoncé

Le Qatar, qui fait état de la nécessité de «manger sain tout en protégeant l’environnement» parmi ses huit lignes directrices, est le seul pays à mettre en garde contre le gaspillage alimentaire. Pour la FAO, le pays n’a eu aucun mal à émettre de telles recommandations «gagnant gagnant» (santé et environnement), du fait de sa très faible production alimentaire.

Ce qui n’est pas le cas de l’Australie et des Etats-Unis: en 2013 pour l’une, en 2015 pour l’autre, ces deux pays ont dû renoncer à intégrer l’environnement lors de la réactualisation de leurs recommandations, face à une levée de boucliers de l’industrie, notamment des producteurs de viande.

Des orientations souvent très générales

Même pour les quatre pays, le versant environnemental ne sert le plus souvent qu’à sensibiliser, au mieux à orienter le choix vers des produits plutôt que d’autres –comme des légumes racines plutôt que des salades vertes pour la Suède. Il n’est quasiment jamais pris en compte dans l’élaboration des rations quotidiennes conseillées, uniquement guidée par des éléments sanitaires.

Par exemple, la Suède propose de manger encore plus de poisson, jusqu’à deux à trois portions par semaine –comme le prône aussi la France. Un conseil qui est peut-être bon pour la santé, mais qui, s’il était suivi par l’ensemble des Terriens, serait irréaliste au vu de l’état des stocks de poisson et de la pollution engendrée par l’aquaculture.

Sans l’ériger en ligne officielle, d’autres pays ont planché sur les liens environnement/nutrition, notamment la France. Pas dans son programme national nutrition santé (PNNS), ni dans les recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), mais via l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), sur sa page «Mes achats».



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