L'ennoyage des mines fait débat

Le 21 juin 2005 par Delphine Moninot
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Le canton de Fontoy, dans le bassin minier nord lorrain, attend avec méfiance le 1er décembre 2005. A cette date, doit s'arrêter le pompage de l'eau des galeries de la mine de fer exploitée par l'entreprise luxembourgeoise Arbed et fermée depuis juillet 1997.

«Aujourd'hui, il n' y a plus aucun élément conduisant à reporter l'ennoyage. Tout ce qui était financièrement et techniquement réalisable a été fait», estime Pierre-Lionel Forbes, le chef de la division mines et sous-sols de la Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (Drire) de Lorraine. Depuis le dépôt de son dossier de renonciation à la concession minière en 1997, Arbed avait proposé de cesser le pompage de l'eau des galeries de la mine dès 1998. Le préfet de la région Lorraine avait alors pris un premier arrêté reportant l'ennoyage à 2002, puis un autre à 2004 et un troisième au 1er décembre 2005.

«Plus on ennoie tard, plus les travaux miniers se dégradent et plus on aura de problèmes d'effondrement de terrains», remarque Pierre-Lionel Forbes. Le premier report d'ennoyage devait d'une part permettre de s'assurer que les collectivités locales qui se servaient jusque-là des eaux d'infiltration des mines (eau d'exhaure) avaient retrouvé une ressource en eau, et d'autre part permettre une sécurisation du site. «Il y avait encore des études de stabilité à faire, des éléments de sécurité générale à assurer et une surveillance micro-sismique à mettre en place», explique Pierre-Lionel Forbes. Le second report donnait un délai supplémentaire pour traiter correctement les 18 expropriations de Fontoy, ces habitations étant situées sur une zone où le risque d'effondrement est très élevé. C'est ce que dénonce le collectif de défense des communes minières de Lorraine, qui représente une centaine de communes, une vingtaine d'associations de protection de l'environnement et des personnalités qualifiées. Le souvenir des effondrements brutaux à Auboué (Meurthe-et-Moselle) en 1996 ou Moutiers en 1997 sont dans toutes les mémoires. Le collectif réclame donc la poursuite du pompage, en créant par exemple un syndicat intercommunal pour distribuer une eau d'exhaure bon marché. «On peut continuer le pompage si on est prêt à dépenser plusieurs dizaines de millions d'euros et faire des années de travaux, estime pour sa part Pierre-Lionel Forbes. Depuis des années, on est sur la corde raide avec ce pompage. Les personnels d'Arbed roulent pendant 45 minutes en voiture dans les sous-terrains pour se rendre à la station de pompage car des galeries s'effondrent. Ils prennent des risques énormes. Et le système et les équipements sont en bout de course.» Pour la seule année 2004-2005, les coûts supplémentaires dus à l'entretien, à l'énergie et au fonctionnement des pompes se sont élevés à 7 millions d'euros.

Une autre solution aurait pu consister à combler les galeries. Mais comme pour le pompage, les coûts sont exorbitants. «Ce n'est pas possible techniquement car on ne peut plus accéder aux mines, et rapporter des centaines de mètres cubes de matériaux prendrait des années», explique-t-on à la Drire Lorraine.

Les risques environnementaux sont aussi soulignés. «Si l'exhaure n'est plus rejetée dans les cours d'eau, il y a un risque d'assèchement, ce qui serait une grave atteinte à l'environnement», redoute Colette Goeuriot, la présidente du collectif de défense des communes minières de Lorraine. Ce à quoi Pierre-Lionel Forbes répond que «seules deux ou trois petites rivières seront concernées. Localement, la faune risque de mourir, mais seulement pendant la période de remontée des eaux, soit 18 à 36 mois. Des aménagements sont en cours sur la Fensch pour que l'excédent d'eau qu'elle recevra en provenance du bassin ne déstructure pas les rives».


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