L’énergie du futur n’a pas de prix

Le 26 mars 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Paradoxe: plus le secteur de l’électricité passe aux mains du secteur privé, plus la politique des Etats déterminera le mix énergétique des prochaines années. Et donc l’empreinte carbone des systèmes électriques. Telle pourrait être la principale conclusion de la nouvelle édition de Coûts prévisionnels de production de l’électricité, publiée jeudi 25 mars.

Dans sa dernière livraison, l’étude annuelle, conjointement signée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et l’Agence pour l’énergie nucléaire de l’OCDE (AEN), estime quasiment impossible d’estimer le coût du mégawattheure produit par les centrales qui entreront en service à partir de 2015.

Après avoir épluché les devis et les projets en cours de 190 centrales, dans 21 pays, les experts de l’OCDE fixent quelques grandes fourchettes: entre 900 et 2.800 dollars/kWe (dollars par kilowatt électrique) pour une centrale au charbon, (une facture qui monte entre 3.223 et 6.268 $/kWe pour les installations dotées d’un système de capture du CO2), entre 520 et 1.800 $/kWe pour une centrale au gaz, 1.600 à 5.200 $/kWe pour une centrale nucléaire, 1.900 à 3.700 $/kWe pour des parcs éoliens terrestres.

Au vu de tels écarts, on comprend mieux la difficulté des investisseurs à se déterminer. «Aucune technologie de production d’électricité ne peut prétendre être la moins chère dans toutes les situations», confirme d’ailleurs le rapport. D’autant, ajoute-t-il, que de nombreux facteurs peuvent faire évoluer, dans un sens comme dans l’autre, le coût de l’électron de demain.

Personne n’est en mesure d’évaluer ce que seront les politiques de soutien des Etats aux technologies décarbonées (fondamentales pour développer les énergies renouvelables et la capture du CO2), ni quel sera le coût de l’accès au crédit. Bien malin qui pourra aussi fixer avec précision le coût d’exploitation des systèmes de capture, de transport et de stockage géologique du gaz carbonique: 30 ou 100 euros la tonne de CO2? Et l’on ne parle pas de l’évolution, à moyen terme, du prix des matières premières (béton, acier) et des combustibles.

Mauvaise pour les énergéticiens, cette incertitude n’est pas bonne pour la planète. Certes, rappellent les experts de l’AIE et de l’AEN, «il y aura une concurrence saine entre ces différentes technologies dans l’avenir, concurrence qui sera décidée en fonction des préférences nationales et des avantages comparatifs locaux». On fera donc de tout en fonction des conditions locales et du moment. Dit autrement, cela ressemble furieusement au scénario de référence du World Energy Outlook de l’AIE: faute d’investir massivement dans la décarbonisation de la production d’électricité, les électriciens auront recours aux sources d’énergie les plus disponibles et les moins chères: le gaz et le charbon. La demande d’électricité mondiale progressant en moyenne de 2,5% par an, cela obligera lesdites compagnies à investir 13.780 milliards $ dans de nouveaux moyens de production d’ici 2030, soit 1.100 milliards par an ou 1,4% du PIB mondial. Thermiques pour l’essentiel, ces nouvelles centrales contribueront à accroître de 40% les émissions mondiales de CO2 énergétiques. A moins que les Etats ne se décident à soutenir massivement l’électron vert.


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