L’emploi: ultime verrou de la transition énergétique?

Le 26 janvier 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Les syndicats s'inquiétent des conséquences sociales de la transition énergétique.
Les syndicats s'inquiétent des conséquences sociales de la transition énergétique.
VLDT

Face à une manifestation de salariés, les congressistes des Assises européennes de la transition énergétique ont semblé (re)découvrir, jeudi 26 janvier, que ladite transition ne serait pas seulement créatrice d’emplois.

Les congrès ont ceci de particulier: on s’y sent parfois un peu déconnecté de la réalité. Ce jeudi, à Bordeaux, les participants aux Assises de l’énergie se sont vu rappeler, par une manifestation de la CGT, l’inquiétude que la transition énergétique procure aux salariés du secteur. A plusieurs reprises, les militants de la centrale syndicale ont fait pression sur le gouvernement pour prolonger la durée de vie des centrales françaises au charbon ou pérenniser l’activité de la centrale nucléaire de Fessenheim. Non sans un certain succès.

Pertes et profits

Les ‘IEG’ n’ont pas tort. Changer de système énergétique sonnera le glas pour certaines activités tout en en créant d’autres. Ces dernières semaines, deux études sont venues conforter un diagnostic posé de longue date par les ‘experts’ de tout poil. Mi-janvier, une coalition d’associations et de syndicats estimait le gain net d’emplois d’une politique climatique ambitieuse à un million en quelques années. Au prix de plus de 400.000 destructions d’emplois, il est vrai. Mardi, l’association négaWatt estimait, dans la 4e édition de son étude, que la neutralité carbone était non seulement possible, mais créatrice nette de près de 400.000 emplois en une quinzaine d’années. Là encore, au prix de quelques casses de filières réputées obsolètes.

Inquiétude pour les salariés

La préoccupation syndicale n’est pas passée inaperçue derrière les baies vitrées de l’immaculé palais des congrès de Bordeaux. Conseillère municipale EELV de Nantes, Julie Laernoes en témoigne: «Dans l’agglomération nantaise, nous menons aussi bien des projets d’écologie industrielle, à Saint-Nazaire, que la construction d’éoliennes offshore. Mais nous sommes aussi confrontés au projet de fermeture de la centrale au charbon de Cordemais, source de beaucoup d’inquiétude pour les salariés et les syndicats.»

Expliquer et investir

Certains environnementalistes ont bien perçu la menace: «Nous devons sécuriser un maximum d’emplois et faire œuvre de pédagogie», explique Denis Voisin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot. Opinion partagée par le directeur général de l’énergie et du climat (DGEC) qui n’a pas hésité à ouvrir quelques pistes: «Nous pouvons ajouter plusieurs choses à la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte», confirme Laurent Michel. «Nous devons compléter les explications à tous les niveaux; nous devons ensuite investir davantage dans les économies d’énergie, en accroissant notamment les progrès dans le résidentiel et le tertiaire.» Last but not least, la mobilité propre: «L’électricité, c’est très sympa, mais ça ne s’appliquera pas partout. Nous devons aussi étudier d’autres solutions, comme l’hydrogène ou les poids lourds à gaz.»

Gouverner, c’est prévoir

Mais l’Etat a-t-il tout fait pour dissiper les inquiétudes des travailleurs? Ce n’est pas l’avis d’Anne Bringault. «Les freins à la transition énergétique, ce sont les emplois qui vont être perdus. Des secteurs entiers vont perdre des emplois. Après la préparation de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), il était prévu une évaluation de son impact sur l’emploi. Or les travaux n’avancent pas, alors qu’il est urgent d’anticiper, en particulier pour élaborer les schémas régionaux d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires», souligne la responsable de la transition énergétique pour le Comité de liaison des énergies renouvelables et le réseau Action Climat.

gare au numérique

L’anticipation? Isabelle Kocher y est favorable. «Ces dernières années, Engie a fermé, en Europe, l’équivalent de 14 Fessenheim. Personne n’en a entendu parler parce que nous avons pris le temps d’expliquer les motivations de cette décision et nous avons mis les moyens pour assurer la reconversion des personnels», affirme la directrice générale de l’énergéticien.

«L’enjeu essentiel, conclut le maire de Bordeaux, Alain Juppé, c’est de tirer tous les bénéfices possibles de la transition énergétique. En tenant compte des révolutions radicales apportées par le numérique dans le marché de l’emploi.» Une pensée que ne renierait sans doute pas un certain Emmanuel Macron.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus