L’électricité nous fait moins dormir

Le 26 juin 2015 par Romain Loury
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Le cycle jour-nuit en prend un coup
Le cycle jour-nuit en prend un coup

L’accès à l’électricité serait le premier responsable de la réduction du temps de sommeil, révèle une étude américaine publiée dans le Journal of Biological Rhythms. Selon les chercheurs, il s’agit là d’un effet direct de l’éclairage artificiel.

Plusieurs études l’ont montré: la durée moyenne de sommeil a fortement baissé au cours du XXème siècle, passant chez l’adulte de 9 heures en 1900 à un peu plus de 7 heures de nos jours. Et cette chute se serait récemment accélérée, avec une heure de moins ces 30 dernières années.

Pourtant, les études liant notre mode de vie au sommeil sont assez rares, et il est difficile de cerner les causes de cette évolution: s’agit-il d’un effet direct de l’éclairage artificiel, qui perturbe notre horloge biologique en se substituant aux cycles naturels du jour et de la nuit, ou n’est-ce qu’un reflet de nouvelles habitudes culturelles, liées au monde moderne?

Pour trancher entre les deux hypothèses, Horacio de la Iglesia, biologiste à l’université de Washington (Seattle), et ses collègues ont étudié la tribu Toba-Qom, qui vit dans le nord-est argentin. Recourant traditionnellement à la chasse et à la cueillette, cette population s’est récemment scindée en deux, une partie quittant ses villages ancestraux, sans électricité, pour aller vivre à l’abord des villes. Ces néo-urbains ont conservé leur style de vie originel, si ce n’est qu’ils ont désormais accès à l’électricité.

Les chercheurs ont ainsi comparé deux communautés de Toba-Qom séparées de 50 km, l’une restée au village, l’autre s’étant installée au début des années 1990 aux abords de la petite ville d’Ingeniero Juárez. Ils ont comparé leur temps de sommeil en enregistrant leur pouls, dont le rythme permet de déterminer avec précision l’heure de l’endormissement et du réveil.

Près d’une heure de sommeil en moins

Résultat, les Toba-Qom urbanisés dorment en moyenne 43 minutes de moins en été que ceux restés sans électricité, et 56 minutes de moins en hiver. C’est l’heure de l’endormissement qui varie entre les deux groupes, tandis que l’heure du réveil demeure la même.

Menée en 2006 dans le sud de l’Allemagne, une expérience conduite sur des personnes volontaires pour vivre deux mois dans des conditions proches de l’âge de pierre a révélé un effet similaire, avec un gain de près de deux heures de temps de sommeil par nuit.

Pour Horacio de la Iglesia, «cette étude révèle ce qui est arrivé à l’humanité alors qu’elle est passée d’un système de chasse et de cueillette à une société industrialisée (…) Il s’agit probablement d’une sous-estimation de ce que nous observerions dans une société encore plus industrialisée, où l’accès à l’électricité a énormément perturbé notre sommeil».

Plusieurs études ont d’ailleurs montré un effet de la technologie sur la baisse du temps de sommeil. Notamment ordinateurs, tablettes et smartphones et autres gadgets connectés, qui non seulement retardent la prise de sommeil en sollicitant notre attention, mais pourraient aussi avoir un effet biologique direct.

Pour les chercheurs, l’effet observé chez les Toba-Qom est avant tout physiologique: remplaçant les cycles naturels jour/nuit, la lumière artificielle perturbe notre horloge biologique. Bien que soumise à l’éclairage artificiel, la communauté périurbaine gardait d’ailleurs une dépendance au cycle naturel, dormant plus en hiver, lorsque la nuit est plus longue, qu’en été.



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