L’effet cocktail des pesticides inquiète scientifiques et ONG

Le 20 août 2012 par Geneviève De Lacour
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Une molécule, ça va, deux...
Une molécule, ça va, deux...

Une étude menée par des scientifiques de l’université d’Aston (Royaume-Uni) souligne les effets néfastes de mélanges de certains pesticides couramment utilisés.

Depuis quelque temps déjà, les associations de défense de l’environnement s’inquiètent de la toxicité des mélanges de produits chimiques, le fameux effet «cocktail», non pris en compte par le règlement européen Reach, relatif à l'enregistrement, l'évaluation et l'autorisation des produits chimiques.

Générations futures et Antidote Europe se sont donc associées et ont demandé à une équipe universitaire britannique de tester les activités de mélanges de trois fongicides fréquents (pyrimethanil, cyprodinil et fludioxonil) sur des cellules gliales et neuronales représentatives du système nerveux central humain. Les résultats de ces travaux ont été publiés le 3 août dernier dans la revue scientifique PLoS ONE.

Les scientifiques ont pu constater qu’en combinaison les fongicides exercent sur les cellules gliales -cellules qui protègent le système nerveux- d’énormes stress oxydants. Sous l’effet du mélange, mais non des fongicides seuls (sauf le cyprodinil), ces cellules entrent en apoptose (suicide cellulaire). Les cellules neuronales sont également affectées par le mélange.

Les ONG rappellent que le stress oxydant joue un rôle important dans la maladie d’Alzheimer, qui se caractérise aussi, comme la maladie de Parkinson, par une atrophie corticale, deux des effets observés massivement avec ces mélanges de fongicides.

Michael Coleman, responsable de l’étude, confirme la nature préoccupante de ces résultats. «Ce travail montre que certains pesticides, isolément ou en combinaison, peuvent induire du stress et des modifications du devenir des cellules humaines. Ils peuvent aussi interférer avec des processus cellulaires basiques comme celui de la production d’énergie. Ces effets ont été mis en évidence à des concentrations proches de celles trouvées dans nos aliments.» Et il conclut: «Ce travail suggère que nous devrions faire davantage d’efforts pour restreindre l’utilisation des pesticides dans les cultures destinées à l’alimentation».

«Les résultats de cette étude sur une combinaison de trois résidus de pesticides que nous avions trouvés sur une même grappe de raisin en 2008, montrent que l’évaluation du risque ne rend pas compte d’éventuels effets de synergie entre pesticides, ce qui peut conduire à une sous-estimation grave du risque pour l’homme et l’environnement», déclare François Veillerette, porte-parole de Générations futures, avant d’ajouter: «Nous demandons à l’Anses [l’Agence nationale de sécurité sanitaire] et à l’Efsa [l’agence européenne] de mener d’urgence les recherches qui s’imposent dans ce domaine et, dans l’attente de résultats exhaustifs, d’abaisser significativement les limites maximales en résidus tolérées dans les aliments, dans un souci élémentaire de précaution». Les méthodes à cette fin sont à disposition, complète Claude Reiss, président d’Antidote Europe.

Dans un document provisoire daté de 2012, la Commission européenne, inquiète de la problématique des effets cocktails, s’engage à mettre en place des groupes de travail au sein de différentes agences européennes, dont l’Efsa, l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) ou l’Agence européenne de l’environnement (AEE). Des comités scientifiques devraient également établir, d’ici juin 2014, des stratégies d’évaluation de la toxicité des cocktails, en déterminant les mélanges prioritaires.



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