L’éducation climatique, un défi émergent

Le 30 janvier 2020 par Romain Loury
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L'Institut de France, siège de l'Académie des sciences
L'Institut de France, siège de l'Académie des sciences
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Comment engager la nécessaire prise de conscience des enjeux climatiques par le grand public? En premier lieu par l’éducation climatique des plus jeunes, vaste chantier.

L’affaire avait fait grand bruit: en octobre 2019, le Conseil supérieur des programmes (CSP), chargé de revoir l’enseignement du climat, de la biodiversité et du développement durable, avait fait appel à un panel d’experts comptant, outre plusieurs climatologues de renom, deux climato-sceptiques, Vincent Courtillot et François Gervais. En décembre, le CSP avait très clairement démontré, dans une note d’orientation, que ces derniers étaient restés peu audibles.

L’épisode est venu mettre en lumière une question assez peu mise en avant en matière de lutte contre le réchauffement: l’éducation climatique, qui connaît «une lente émergence mondiale», rappelle Pierre Léna, astrophycien et cofondateur de La main à la pâte[i].

Alors que la prise de conscience citoyenne s’avère de plus en plus nécessaire, les besoins en la matière sont criants, comme Pierre Léna l’a rappelé lors du colloque «Face au changement climatique, le champ des possibles», organisé mardi 28 et mercredi 29 janvier par l’Académie des sciences.

En cours d’analyse, une enquête menée par la Fédération européenne des académies des sciences humaines (ALLEA) sur l’éducation climatique dans l’UE montre, selon des résultats préliminaires, un problème non seulement démographique (hausse du nombre d’enseignants) mais aussi de manque de formation.

Parents en demande, professeurs démunis

Idem aux Etats-Unis, où une enquête menée en 2019 par la National Public Radio (NPR) révèle que, bien qu’environ 80% des parents souhaitent que leurs enfants entendent parler du réchauffement à l’école, 55% des enseignants n’en parlent jamais en cours. Principale raison, 65% estiment que le sujet se situe en-dehors de leur discipline. Par ailleurs, 17% estiment ne pas en savoir assez à ce sujet, et 17% jugent ne pas avoir le matériel adéquat.

Pour Pierre Léna, «les enseignants ne connaissent pas assez le sujet, ils sont enfermés dans leur discipline. Ils ne sont pas à l’aise face aux choix de société, et estiment que ce sujet a surtout trait à l’éthique et la politique». Ce à quoi la note du CSP, publiée en décembre, semble remédier, estime-t-il.

Autre faille pointée par l’académicien, cette fois-ci du côté du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), l’absence de rapport à l’intention des professeurs, à l’instar de celui à l’intention des décideurs, juge Pierre Léna. Créée en février 2018 sous l’égide de La main à la pâte, l’Office for Climate Education, dont le secrétariat exécutif est situé à Paris, est venu réparer ce manque, à l’occasion du rapport 1,5°C publié en octobre 2018 par le Giec.

L’éducation climatique de 7 à 77 ans. Entendu dans la bouche d’un académicien rigolard, lors d’une pause café au cours de la première matinée du colloque: «Ca y est, l’académie n’est plus climatosceptique! On ne va rien dire de très nouveau, mais au moins on se redonne de la légitimité sur le sujet». Longtemps considérée comme climatosceptique, l’Académie des sciences semble en effet bien désireuse de tourner la page. Interrogés par le JDLE, des académiciens tentent de relativiser ce passé, mais reconnaissent le poids qu’y ont joué Vincent Courtillot, et en particulier Claude Allègre, académiciens désormais peu (ou pas) actifs. Ce qui n’a pas empêché, parmi les questions posées en ligne aux experts, des interrogations sur l’évolution de la constante solaire, ou sur l'importance de la vapeur d’eau comme gaz à effet de serre.


[i] Créée par Georges Charpak, Pierre Léna et Yves Quéré, La main à la pâte est une fondation de coopération scientifique avec l’Education nationale. Chaque année, elle forme plusieurs milliers de professeurs à la science et met à leur disposition de nombreux outils pédagogiques.