L’écoprescrition, pour diminuer les résidus médicamenteux

Le 13 octobre 2016 par Marine Jobert
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Les cours d'eau, une pharmacie?
Les cours d'eau, une pharmacie?
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Moins de médicaments dans la nature. Moins de médicaments toxiques pour la nature. Voici les deux pistes explorées par des médecins vosgiens, inquiets du devenir de leurs prescriptions pour la santé humaine, la faune et la flore aquatiques.

Ils sont trois. Trois médecins généralistes des Hautes-Vosges, qui ont bien compris que les effets de leurs ordonnances ne s’arrêtaient pas une fois le traitement achevé. Conscients que leurs patients excrètent les molécules prescrites ou se débarrassent encore trop souvent de leurs médicaments via la poubelle ou dans les toilettes, inquiets des conséquences des résidus médicamenteux sur la santé humaine, la faune et la flore aquatiques, Patrick Bastien, Etienne Curien, Alain Petit[1] viennent de lancer, à l’échelle des 40.000 habitants du bassin de la Haute-Moselle, une expérimentation sans équivalent en France. Ils appellent ça l’écoprescription.

Un plan d’action national sur les micropolluants a été annoncé en septembre dernier. Premier axe: réduire les émissions et évaluer l’intérêt d’un indice de classement des substances actives en fonction de leur impact environnemental (comme en Suède). Deuxième axe: mieux surveiller les molécules émergentes (bisphénol A, ions perchlorates, parabènes, phtalates, etc.) et évaluer les risques sanitaires pour les eaux destinées à la consommation humaine et pour la flore et la faune aquatiques et fixer des valeurs-seuils pour mieux juger de la qualité des eaux. Troisième axe: dresser des listes de polluants sur lesquels agir.

Recycler les médicaments

Phase un: sensibiliser les patients au recyclage des médicaments. «On a mené une enquête sur ce que les gens font de leurs médicaments: ceux qui les ramènent sont majoritairement des femmes entre 45 et 70 ans, les jeunes sont beaucoup moins concernés. Une petite partie part dans les ordures ménagères ou dans les toilettes pour les médicaments liquides», détaille Alain Petit. La question pourra être rapidement abordée en consultation, histoire de rafraîchir la mémoire de tous sur le système de collecte Cyclamed.

Choisir le moins toxique

Phase deux: privilégier des médicaments qui, à service médical rendu égal, auront des effets moindres sur l’environnement: «A toxicité égale, on va choisir le patient plutôt que la grenouille, précise Patrick Bastien. Mais face à deux médicaments identiques en termes de service médical rendu, si l’un des deux est moins toxique pour la faune et la flore, on le préfèrera.» Les praticiens s’appuieront sur le travail réalisé par des Suédois, qui ont ‘scoré’ les molécules en fonction de leur capacité de bioaccumulation, de leur toxicité et de leur persistance dans l’environnement. «On n’a pas l’équivalent en France, précise le généraliste de Gérardmer. L’idée, ce sera ensuite de demander à l’industrie pharmaceutique d’indiquer au prescripteur la toxicité environnementale de ses produits.» Sur le papier, le système existe déjà, mais n’est pas mis en œuvre.

Vétos, généralistes et pharmaciens unis

Outre la cinquantaine de généralistes démarchés dans leur secteur, les trois médecins sont allés convaincre les autres prescripteurs: soit 7 vétérinaires et quelque 25 pharmaciens. «Les vétérinaires ne vont plus traiter systématiquement le bétail: ils feront d’abord une endoscopie pour vérifier la présence de vers», illustre Patrick Bastien. Quant aux pharmaciens, cette démarche va «les replacer dans leur métier premier de coordonnateur de l’utilisation à bon escient des médicaments, en plus du système Cyclamed», estime le praticien. Si le milieu hospitalier s’est déjà emparé de la thématique médicaments et eau, c’est la première fois qu’une équipe de «soins primaires», réunissant médecins, pharmaciens et vétérinaires, travaillent ensemble sur le sujet.

Chercher les molécules

Phase trois: mesurer les effets du dispositif sur la contamination des cours d’eau locaux. Un état des lieux de la pollution chimique est en cours de réalisation. «On est en train de mettre au point une méthodologie avec l’agence de l’eau, pour prélever une dizaine de molécules très prescrites, comme le paracétamol, l’ibuprofène et des hypnotiques, détaille Alain Petit. Cela va nous permettre de faire un état des lieux: va-t-on les retrouver et dans quelle proportion?» Des prélèvements seront ensuite effectués chaque trimestre, pendant deux ans, grâce à des financements de l’agence régionale de santé, l’agence de l’eau et le département.

 

 

 



[1] Les trois médecins sont membres de l’association pour l’optimisation de la qualité des soins.

 



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