L’écologie : une valeur sûre mais fragile

Le 28 février 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'écologie profitera à tous ou ne sera pas.
L'écologie profitera à tous ou ne sera pas.
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Les questions environnementales sont au cœur des élections municipales, en cohérence avec les aspirations d’une majorité de Français. Reste à savoir pour combien de temps?

 

Le score des écologistes sera, sans doute, l’un des indicateurs les plus commentés au soir du second des élections municipales, le 22 mars. Pour le moment, tout va bien. Les candidats classés «écolos» surfent sur la vague qui s’est levée lors du scrutin européen du printemps dernier. Outre-Rhin, elle n’est pas retombée. Loin s’en faut. De la Bavière à la cité-Etat d’Hambourg, les Grünen battent tous les records à chaque élection locale. Fait sans précédent, Robert Habeck, le co-président du parti (avec Annalena Baerbock), est désormais pressenti pour prendre la succession d’Angela Merkel à la chancellerie.

sondages favorables

De ce côté-ci du Rhin, les derniers sondages sont favorables aux listes soutenues par Europe Ecologie Les Verts (EELV). A Bordeaux, Tours, Strasbourg, Besançon les électeurs placent le candidat «vert» en tête, avec plus de 30% des intentions de vote. A Grenoble, Eric Piolle, seul maire écologiste d’une métropole de plus de 150.000 habitants, semble bien parti pour se succéder à lui-même. A la faveur de triangulaires, voire de quadrangulaires, d’autres écolos pourraient l’emporter dans de grandes villes, comme à Montpellier, par exemple.

L’urgence climatique n’est sans doute pas étrangère à cet intérêt pour les thèses défendues par les militants écolos. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si des associations écologistes ont convaincu l’activiste suédoise Greta Thumberg de défiler à leur côté lors des marches climat des 13 et 14 mars, à quelques heures du premier tour du scrutin. Pour autant, la peur du réchauffement n’est pas le seul carburant vert des électeurs.

un enjeu de société

A en croire une étude publiée, ce vendredi 28 février, par Destin Commun, l’écologie rapproche les Français beaucoup plus qu’il ne les divise. Le think tank a interviewé, fin 2019, 6.000 Français sur leurs valeurs, leurs opinions, leurs systèmes de croyance. Résultats: la protection de l’environnement est perçue comme enjeu de société.

A la question de savoir si sa protection peut «unir par-delà nos divisions», les deux tiers des sondés répondent par l’affirmative. De 62 à 87% des personnes interviewées considèrent que la transition écologique est une opportunité pour créer de nouveaux emplois en France. A l’exception des personnes classées «attentistes» plus des deux tiers des Français pensent souvent aux enjeux liés à l’environnement. Seuls 15% des sondés estiment que l’environnement «est d’abord une affaire de riches et de citadins».

S’ils se sentent donc à titre personnel, très conscients des enjeux environnementaux, les Français sont en revanche persuadés que les autres ne le sont pas assez. Deux sur trois considèrent que leurs contemporains ne prennent pas assez au sérieux le changement climatique et la préservation de l’environnement — dont près de huit sur dix chez les «Militants désabusés» et les «Laissés pour compte».

l'engagement des grandes entreprises

S’ils ne se reconnaissent pas forcément dans les mouvements écologistes, les Français nourrissent de fortes espérances vis-à-vis du secteur privé: 90% d’entre eux attendent «des grandes entreprises qu’elles jouent un rôle clé dans la transition écologique.» En revanche, aucun leader actuel de l’écologie à la française ne fait l’unanimité. «Il semble que l’émergence de nouvelles figures soit un préalable essentiel à l’accroissement du niveau d’engagement des Français en matière d’écologie. Sans nouveaux messagers, l’unité autour de la protection de la nature ne se fera pas», estiment les auteurs de l’étude.

Confirmant La crise des gilets jaunes et les travaux de la convention citoyenne sur le climat l’ont esquissé, l’étude de Destin commun le précise: la transition écologique devra profiter à tous. Faute de quoi, elle attisera les divisions.