L’écologie, une question pour les chrétiens ?

Le 23 mai 2017 par Marine Jobert
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Elena Lasida, en mission auprès de l'épiscopat français.
Elena Lasida, en mission auprès de l'épiscopat français.
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Comment l’écologie fait-elle son chemin dans l’Eglise de France? Quels sont les relais de Laudato Si’? Quels échos concrets la parole de François a-t-elle rencontrés dans la communauté chrétienne? Elena Lasida, enseignante en économie à l’Institut catholique de Paris, suit la réception de l’encyclique. Elle est chargée du pôle Ecologie et Société, au sein du service national Famille et Société de la Conférence des évêques de France, qui accompagne la transition, tant spirituelle que matérielle, des communautés vers une écologie intégrale.

JDLE – En juin 2015, le pape publie Laudato Si’, consacrée aux conséquences du changement climatique. Quelles actions ont-elles vu le jour dans les communautés chrétiennes depuis la publication de cette encyclique?

Elena Lasida - Beaucoup de paroisses ont constitué spontanément des groupes de parole pour lire le texte ensemble. C’est la première fois que j’assiste à ça, car les encycliques sont souvent jargonnantes et inaccessibles et ce sont des théologiens et des prêtres qui les traduisent pour le grand public.

La conférence des évêques a créé une page internet dédiée aux actions autour de Laudato Si’. Dans une quinzaine de diocèses en France, un délégué diocésain à l’écologie intégrale va être nommé, pour suivre tout ce qui se fait, pour pouvoir créer un réseau à l’échelle nationale et partager les initiatives et événements autour de l’écologie. En outre, nous venons de publier un travail, que j’ai coordonné, à destination des communautés chrétiennes (les paroisses, mais aussi le grand public), pour repenser les modes de vie à partir de l’encyclique. De la même manière que Laudato Si’ ne dit pas ce qu’il faut faire ou ne pas faire, notre livre n’est pas un manuel des bonnes pratiques. L’idée c’est que chacun puisse être aidé, car il n’y a pas un choix unique qui soit bien pour tout le monde, par rapport aux déplacements, à la consommation, etc.

Enfin, un label ‘Eglise verte’ sera lancé en septembre prochain, avec les protestants et les orthodoxes, à l’image d’une initiative britannique, Eco Church. A l’aide d’un questionnaire, un diagnostic est établi, au terme duquel on propose des pistes pour améliorer les engagements écologiques dans 5 directions: les bâtiments, les terrains, le style de vie, les célébrations et la catéchèse, l’engagement communautaire et international.

 

JDLE – Vous pourriez préconiser la rénovation énergétique des lieux de culte?

Elena Lasida - (rires) Non, il ne s’agit pas de faire isoler toutes les églises de France! Mais il y a d’autres bâtiments, objet de travaux permanents. Sur les terrains, nombreux en milieu rural, on pourrait proposer des jardins partagés et installer des ruches. On s’interroge aussi sur la manière de favoriser la biodiversité dans les cimetières. La rubrique ‘style de vie’ concerne tout ce qui touche à la consommation lors des rassemblements: achat de nourriture, type de vaisselle utilisée, et aussi type de déplacement, covoiturage pour aller à la messe, etc. On travaille également sur la façon dont on fait écho à ces questions dans la partie liturgique et éducative. Quant à l’engagement communautaire et international, le questionnement porte sur le lien entre la solidarité et le souci de la Terre, ou sur ce que nous enseignent les manières de faire des pays du Sud.

 

JDLE – Des congrégations religieuses se sont-elles également engagées dans cette voie de l’écologie?

Elena Lasida - Certains monastères, qui produisent en grande partie ce dont ils vivent, s’étaient interrogés avant l’encyclique sur leur système de production, d’agriculture et de consommation. Dans l’abbaye Notre-Dame de Maylis, près de Dax (Landes), les moines sont en train de passer à la permaculture, en agriculture biologique. Dans le monastère de Solan (Gard), les sœurs orthodoxes ont déjà fait le pas pour leur production alimentaire. Comme les moniales dominicaines de Taulignan (Drôme), qui ne pouvaient plus cultiver elles-mêmes leurs terres, et louaient leurs vignes. Constatant la baisse des rendements, elles ont sollicité Pierre Rahbi [ainsi que les spécialistes des sols Claude et Lydia Bourguigon]. Tout a été arraché et elles se sont lancées dans la production de plantes médicinales. Les monastères sont des lieux privilégiés pour opérer ces transformations, car ils sont au contact direct avec la terre.

 

JDLE – Au plan spirituel, quels échos l’encyclique Laudato Si’ a-t-elle reçus dans l’Eglise de France?

Elena Lasida - Il y avait déjà dans l’Eglise des gens très sensibles à l’écologie et pour qui Laudato Si’ a été un cadeau du ciel. Mais beaucoup sont totalement insensibles à cette question et opposent même solidarité à l’égard du plus pauvre et souci de la nature. Et s’il faut choisir, la priorité va clairement aux personnes en situation de pauvreté. Après seulement, on va s’occuper des petites fleurs et des petits oiseaux.

La force de Laudato Si’, c’est d’avoir relié la clameur de la terre et la clameur du pauvre. Prendre conscience que nos choix de consommation au Nord contribuent à l’injustice dans les pays du Sud, c’est une manière de trouver du sens à la question écologique: il ne s’agit pas seulement de respecter la nature, mais de rendre possible la vie dans les pays du Sud grâce à notre façon de consommer. Pour les chrétiens, la question de la justice sociale est l’entrée principale, beaucoup plus que la sensibilité à la nature en soi. Le pape a été très fort quand il a montré à quel point l’interdépendance est totale entre pauvreté humaine et pauvreté de la Terre. Du coup, on ne peut plus rester dans l’opposition ‘je m’occupe des humains, la question écologique, c’est pour les bobos’. Aucun chrétien ne dira que la pauvreté n’est pas une question chrétienne. Pourtant, tout le monde n’est pas encore prêt pour dire que l’écologie, c’est une question pour les chrétiens. Ce chemin reste à faire. Y entrer par la pauvreté, c’est retrouver le sens de l’écologie.

Un travail de découverte et de sensibilisation très intéressant pour les chrétiens est en cours, qui permet de revenir à la théologie de la Création: on a oublié que notre vie est complètement liée à l’avenir de toutes les espèces du monde. Car on a trop pensé la nature de façon instrumentale, au service de l’humain. Aujourd’hui on redécouvre avec Laudato Si’ que tout être vivant a une valeur en soi, et qu’animaux et végétaux ne sont pas là seulement pour nourrir l’homme. C’est énorme… et le chemin à parcourir est long.

 



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