L’écologie en pointe en France

Le 27 mai 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La mobilisation en faveur du climat a sans doute influé sur le résultats des élections.
La mobilisation en faveur du climat a sans doute influé sur le résultats des élections.
VLDT

Inattendu pour les instituts de sondage, le score réalisé par la liste Europe Ecologie-Les Verts (EELV) a bénéficié d’un contexte sociétal très favorable. Explications.

 

C’était inespéré. Dans la soirée électorale du 26 mai, EELV était crédité de plus de 13% des suffrages exprimés, soit 3 millions de voix. Un record[1]. En engrangeant ainsi 13 sièges au prochain Parlement européen, la liste dirigée par Yannick Jadot devient la plus importante formation de la gauche française au Parlement de Strasbourg. La France Insoumise (LFI) et l’alliance Place Publique-PS (Envie d’Europe) étant loin derrière, avec respectivement 6,3% et 6,2% des votes. En devançant les Républicains, EELV devient même le troisième parti de France derrière le Rassemblement national (RN) et la République en marche (LREM).

Les circonscriptions vertes. EELV n’est pas qu'un parti urbain. Certes, le premier parti écologiste de France réalise d’excellents scores dans les métropoles: plus de 20% à Paris, Bordeaux, Toulouse, Lille, Strasbourg et Lyon, plus de 24% à Rennes. Mais il perce aussi à la campagne. Dans la Drôme, par exemple, les suffrages se sont majoritairement portés sur la liste Jadot dans les petites villes de Crest, Saoû, Dieulefit ou Die. Soutenu par Femu a Corsica, EELV arrive en seconde position en Corse (22%), derrière le RN. En Haute-Corse, les 38 habitants d'Alando ont voté EELV à 95,65%.

Critiqué à gauche pour sa stratégie unitaire, Yannick Jadot peut savourer sa revanche, deux années après son retrait de l’élection présidentielle, au profit du candidat socialiste Benoît Hamon. Avec 3,2% des voix, le leader de Génération.s recueille, cette fois-ci, 4 fois moins de voix que son ancien allié. Ces derniers jours, les instituts de sondage accordaient entre 7 et 8% des voix à la principale formation écologiste de l’Hexagone. Comment expliquer pareille myopie?

En milieu de semaine passée, près d’un électeur sur trois affirmaient ne pas savoir quel bulletin il déposerait dans l’urne dimanche. L’institut Elabe indiquait même que 46% des électeurs potentiels d’EELV pouvaient encore changer d’avis. Ils se sont ravisés trop peu de temps avant d’aller voter pour que les sondeurs détectent la montée de la vague verte.

Le cœur de la campagne

L’écologie était pourtant au cœur de la campagne française. Pas un parti susceptible d’envoyer des parlementaires à Strasbourg et à Bruxelles n’avait omis d’intégrer des propositions environnementales à son programme. La campagne a été agrémentée par l’organisation de plusieurs manifestations (en France et en Europe) en faveur du climat. La tension verte est encore montée d’un cran le 6 mai avec la publication de l’inquiétant rapport d’évaluation de l’IPBES[2].

le second thème de la campagne

Rapport qui a fait réagir le gouvernement –lequel a annoncé, dans la foulée, la création du Conseil de défense écologique. Les citoyens n’avaient pas besoin de ce comité Théodule pour se préoccuper d’écologie. Une étude Harris Interactive-Epoka, publiée dimanche 26 mai, rappelait que la protection de l’environnement et du développement durable était le second thème (derrière le pouvoir d’achat) à avoir influé sur le vote des Français.

Autre indicateur: le nombre de listes se réclamant de l’écologie. Dans le lot, on trouve bien sûr EELV, Generation.s, LFI, l’alliance Place publique-PS, mais aussi LREM. Bien des commentateurs ont ignoré Urgence Ecologie, la liste inspirée par Delphine Batho et conduite par Dominique Bourg et celle du parti animaliste. A elles deux, ces formations ont attiré près d’un million d’électeurs. Au total, ces listes totalement écolo (EELV, Urgence Ecologie et parti animaliste) mobilisent environ 4 millions d’électeurs. Du jamais vu en France!

Cette marée verte sera-t-elle persistante? Difficile à dire. Une partie de la réponse réside probablement dans la capacité du gouvernement à verdir sa politique au rythme de la montée de la prise en compte de la crise environnementale par la population. Un rythme désormais incompatible avec la politique des «petits pas» chère à l’actuel ministre de la transition écologique.

 

Batho veut une alliance. Terminé le cavalier seul d’Urgence Ecologie. Dans un communiqué publié lundi 27 mai, Delphine Batho, inspiratrice de la liste conduite par Dominique Bourg, appelle au «rassemblement de tous les écologistes dans leur diversité». La députée des Deux-Sèvres souligne que «l’addition des résultats d’EELV, du parti animaliste et d’Urgence Ecologie représente 17,46% des suffrages». De quoi peser lors des trois prochaines élections territoriales de 2020 et 2021.

 

 



[1] En 2009, Europe Ecologie avait raflé 16% des voix, soit 2,8 millions de suffrages.

[2] IPBES: Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques

 



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