L’écologie au cœur de la nouvelle stratégie économique européenne

Le 04 mars 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Drapeau europe
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Hier, la Commission européenne a présenté Europe 2020, la nouvelle stratégie économique de l’UE qui succède à celle de Lisbonne. Une économie sobre en ressources est un des trois piliers de cette politique et le respect des objectifs du paquet Energie-climat, un enjeu clé.

Une fois n’est pas coutume, l’Union européenne a fait mardi 2 mars son mea culpa. Dix ans après son lancement, la stratégie de Lisbonne est classée dans la rubrique des échecs retentissants. C’est du moins ce qu’énonce un document de travail mis en ligne mercredi par la Commission. L’ambition de Lisbonne était immense, il est vrai. En 10 ans, l’Europe entendait «devenir l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d'une croissance économique durable, accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi dans le respect de l'environnement».

Hélas, aucun de ces objectifs n’a été atteint. Cette année, le taux d’emploi aurait dû flirter avec les 70%. En 2008, avant que les subprimes n’aient produit leurs effets dévastateurs, ce taux plafonnait à 66%. Il a encore baissé depuis. L’écart de croissance économique avec les grands pays industrialisés n’a toujours pas été comblé. Les dépenses totales en R&D n’ont atteint que 1,9% du PIB européen, loin des 3% escomptés. Le PIB a reculé de 4% en 2009, le chômage approche la barre des 10% et les finances publiques sont exsangues, avec des déficits qui atteignent à présent 7% du PIB tandis que les niveaux de la dette ont progressé de 20% en deux ans, réduisant ainsi à néant 20 années de consolidation. Bref, le bilan est désastreux. La faute, estime Bruxelles, à un manque de cohérence des politiques nationales et à la crise économique, bien sûr.

Pour relancer la machine, la Commission Barroso II a mis à feu, le 3 mars, sa nouvelle fusée économique. Baptisée Europe 2020, cette politique (qui doit encore être adoptée par les chefs d’Etats et de gouvernements lors du Conseil européen du printemps) s’appuie sur trois piliers: les nouvelles technologies de l’information, la croissance inclusive (comment remettre les chômeurs au travail) et une économie sobre en ressources. Les progrès accomplis dans la réalisation de ces objectifs seront mesurés à l'aune de 5 objectifs:
- 75% de la population âgée de 20 à 64 ans devraient avoir un emploi
- 3% du PIB de l'UE devraient être investis dans la R&D
- le taux d'abandon scolaire devrait être ramené au-dessous de la barre des 10% et au moins 40% des jeunes générations devraient obtenir un titre ou un diplôme
- le nombre de personnes menacées par la pauvreté devrait être réduit de 20 millions
- enfin, les objectifs du paquet Energie-climat (PEC) devraient être atteints.

Cœur de la nouvelle politique industrielle communautaire, le PEC devra donc produire beaucoup d’effet sans trop peser sur les finances publiques. Fruit d’une intense bataille diplomatique, ce train de mesures, adopté en décembre 2008, a pour objet de réduire de 20% les émissions européennes de gaz à effet de serre d’ici 2020 (en prenant 1990 comme année de référence). Pour y parvenir, les 27 devront, en 10 ans, améliorer globalement de 20% leur efficacité énergétique. Raison pour laquelle les normes thermiques des bâtiments, par exemple, se durcissent partout en Europe. Toujours en 10 ans, les Etats membres devront plus que doubler leur production d’énergie renouvelable pour qu’en 2020, 20% de l’énergie finale consommée (23% en France) soient issus des éoliennes, de la valorisation de la biomasse ou des énergies solaires. Ce vaste programme doit permettre, espère la Commission, «de diminuer la facture pétrolière de 60 milliards € d’ici 2020». Le tout pour un coût que José Manuel Barroso chiffre toujours à «moins de 0,5% du PIB de l’UE d’ici 2020». Soit «3 € par semaine et par personne».

Aussi puissant soit-il, le cœur de la nouvelle politique industrielle européenne pourrait souffrir d’arythmie. Contrairement aux énergies renouvelables, l’objectif d’amélioration de l’efficacité énergétique n’est pas contraignant. Autre interrogation: l’industrie pourra-t-elle réduire vraiment son empreinte carbone? Les 12.000 industriels européens assujettis à la directive ETS ont vu baisser leurs émissions à mesure que leur production diminuait. A supposer que leur carnet de commandes se garnisse de nouveau, il n’est pas certain qu’ils aient encore le temps d’investir dans les process sobres qui leur permettraient de réduire physiquement leurs rejets de GES. Last but not least, les champs d’éoliennes, notamment en mer, ne produiront leurs gigawattheures (GWh) «verts» qu’à la condition d’être raccordés aux réseaux de transport d’électricité. Or, pour les seuls GW offshore prévus en mer du Nord, il faudra investir au moins 30 milliards € dans des câbles et des sous-stations sous-marins. Pour le moment, ces projets de «super grids» sont encore dans les cartons. Quant à leurs financeurs putatifs, ils se font tirer l’oreille. Rendez-vous dans 10 ans pour évaluer Europe 2020.


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