L'eau vaudra bientôt de l’or aux USA

Le 08 décembre 2011 par Sabine Casalonga
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Le changement climatique risque de donner soif aux Etats-Unis et de leur coûter cher. D'ici 2050, le pays devrait dépenser jusqu'à 2000 milliards de dollars pour maintenir en état ses systèmes d’eau potable et d’épuration et les adapter aux effets du réchauffement global. Le secteur énergétique est également menacé par le risque de pénurie en eau.

«Les scientifiques recommandent aux gestionnaires de l’eau de ne plus penser que le climat du futur ressemblera à celui d’hier», indique Peter Gleick, directeur de l’Institut Pacifique, un centre de recherche à but non lucratif sur le développement durable, basé en Californie. Les Etats-Unis de par leur taille et leur diversité géographique sont en effet confrontés à des défis nombreux liés au changement climatique, comme la menace de sécheresses plus fréquentes dans le Sud-ouest et de précipitations plus intenses dans le Nord-ouest et les grandes plaines du Nord.

 
A l’échelle des villes, les impacts sur l’accès à l’eau et la qualité de la ressource devraient être particulièrement importants (1). En raison de la hausse du niveau de la mer, les villes côtières comme New York, Miami, Los Angeles et San Francisco seront plus vulnérables aux inondations avec le risque de dommages d’infrastructures (ports, voies ferroviaires, aéroports) et de salinisation de l’eau potable. Des villes du Sud-ouest comme Phœnix seront confrontées à des pénuries en eau. Celles du Midwest comme Chicago et St Louis s’attendent à plus de tempêtes et d’inondations sévères avec le risque de débordement des centres d’épuration.
 
Les besoins d’adaptation sont particulièrement élevés dans l’Etat de Californie.“Nous sommes à un tournant historique, estime Barry Nelson de l’ONG Natural Ressources Defense Council. Jusqu’à présent, on pompait un peu plus chaque année dans les ressources, mais aujourd’hui ce n’est plus possible. En Californie toutes les rivières et les réserves souterraines ont atteint leurs limites.”
 
Les autorités sont toutefois conscientes du problème et la question n’est pas nouvelle. «La demande en eau n’a pas augmenté ces 30 dernières années en Californie en dépit de la croissance économique et démographique, grâce à une utilisation plus efficace. Il reste cependant des marges de progrès, en particulier dans le secteur de l’agriculture (50% des prélèvements de l’Etat)», explique Peter Gleick. La Californie s’est d’ailleurs fixé un nouvel objectif : réduire sa consommation d’eau de 25% d’ici 2020. «Les quatre outils que sont l’utilisation raisonnée, le recyclage des eaux usées, la collecte des eaux pluviales urbaines et la gestion et traitement des eaux souterraines pourraient permettre d’économiser 5 à 6 milliards de mètres cube soit l’équivalent de ce qui est prélevé chaque année dans le fleuve du Colorado» affirme Barry Nelson. Le centre de recyclage d’eaux usées d’Orange county, inauguré 2008, fait figure d’exemple. Il fournit chaque jour de l’eau pour 500.000 personnes à un prix inférieur à celui de l’eau importé du Nord de la Californie. D’autres villes comme Los Angeles et San Diego étudient la mise en place de systèmes similaires.
 
Le coût de l’adaptation des systèmes d’eau potable et d’épuration aux Etats-Unis a été estimé entre 448 et 944 milliards $ d’ici 2050 (2). Il s’agirait de protéger ou de surélever les infrastructures contre le risque d’inondation, de construire de nouveaux réservoirs, des usines de dessalement, de recyclage des eaux usées et de traitement des eaux souterraines ou encore de renforcer les capacités de traitement des eaux sales. Ajouté au coût de la maintenance des infrastructures actuelles (3), le coût total s’élèverait entre 1,7 et 2,2 trillions (milliers de milliards) $ d’ici 40 ans, un montant en théorie répercuté sur les contribuables, avec une facture d’eau très salée en perspective. Un projet de loi en examen au Sénat permettrait à l’Agence de protection de l’environnement de subventionner une partie de ces frais à hauteur de 50 millions $ par an. «Ce montant est insuffisant et nous ne pensons pas que le texte sera voté cette année mais il permet de démontrer l’ampleur des besoins» explique Daniel Hartnett, directeur des affaires légales de l’Association des agences de l’eau métropolitaines. Et Bary Nelson, de renchérir «nous savons que nous devons améliorer la gestion des inondations, la protection de la ressource et le recyclage des eaux usées, même sans prendre en compte les effets du changement climatique, ce dernier ne fait que rendre ces choix plus impératifs”.
 
Le risque de pénurie d’eau menace également la sécurité énergétique. «En 2010 en raison de la baisse record du niveau du lac Mead, le barrage hydroélectrique Hoover a dû réduire sa capacité de 23%, ce qui a soulevé des inquiétudes sur une déstabilisation possible du marché électrique dans le Sud des Etats-Unis», indique Heather Cooley, auteur d’un récent rapport de l’Institut Pacifique sur ce thème (4). En 2005, les centrales thermoélectriques américaine ont prélevé environ 276 milliards de mètres cube d’eau pour leur refroidissement, soit près de la moitié de tous les prélèvements d'eau aux Etats-Unis. «Dans le scénario ‘Business as usual’, les conflits entre l’eau et l’énergie vont s’intensifier, en raison de la hausse de la population et des incertitudes liées au changement climatique», ajoute l’auteur. Une baisse des prélèvements, jusqu’à 71% en 25 ans, serait cependant faisable en développant les systèmes de refroidissement à sec et les énergies renouvelables (éolien et solaire photovoltaïque).
 
 
(1)    « Thirsty for Answers : Preparing for the Water-related Impacts of Climate Change in American Cities », rapport du NRDC (août 2011)
(2)    « Confronting climate change : an early analysis of water and wastewater adaptation costs », rapport de l’AMWA (2009)
(3)    « Drinking water infrastructure needs survey and assessment : Third report to Congress » USEPA Office of water (2005) ; « Clean Watersheds needs survey 2008: Report to Congress », USEPA (2010).
(4)    « Water for Energy: Future Water Needs for Electricity in the Intermountain West », rapport de l’Institut Pacifique (novembre 2011)
 
 


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