L’eau négligée par les politiques énergétiques

Le 17 novembre 2015 par Romain Loury
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Le pétrole, d'énormes besoins indirects en eau
Le pétrole, d'énormes besoins indirects en eau

Les demandes croissantes en énergie ne favorisent pas seulement l’émission de gaz à effet de serre (GES), elles épuisent aussi nos ressources en eau, révèle une étude publiée lundi 16 novembre dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas). Et particulièrement dans les pays où elles sont déjà rares.

De l’extraction à la conversion, jusqu’à la génération de l’énergie finale, la consommation de pétrole, de gaz et d’électricité utilise de l’eau à de nombreuses étapes. Alors que le sujet demeure bien moins étudié que les émissions de GES, l’équipe de Felix Eigenbrod, du Center for Biological Sciences de l’université de Southampton (Royaume-Uni), vient de dresser le premier bilan mondial de l’utilisation d’eau par le secteur énergétique.

Pour cela, les chercheurs ont croisé les données du Global Trade Analysis Project, qui recense l’ensemble des transactions dans 57 secteurs économiques entre 129 pays et régions, avec celles issues du modèle hydrologique WaterGAP, qui détaille la consommation d’eau par l’agriculture, la production d’énergie, l’industrie et les besoins domestiques.

A priori, les besoins directs en eau du secteur énergétique peuvent sembler faibles: ils ne constituent que 1,4% des 1.314 km3 d’eau consommés chaque année dans le monde, loin derrière l’agriculture (91,85%). Dans les faits, le bilan est bien plus lourd, du fait des besoins indirects du secteur. Par exemple pour la fabrication d’acier pour les infrastructures, ou pour l’irrigation en vue de la production de biocarburants.

Gaz, électricité, pétrole: des besoins différents

L’origine de l’eau varie d’un secteur à l’autre: pour la production d’électricité, 91% des besoins sont fournis par le pays consommateur, contre 81% pour le gaz.

La situation est plus complexe pour le pétrole: pour les Etats-Unis, les apports en eau proviennent à 73% d’autres pays, en particulier l’ouest de l’Asie (29%), l’Asie du sud (13%), l’est de l’Asie (7%) et l’Afrique du nord (6%). A la différence de la Chine, dont 78% des apports sont d’origine domestique, le reste se répartissant entre d’autres pays asiatiques (13%) et l’Afrique de l’est (4%).

Pourtant, aucune des ces régions n’apparaît comme de grands pourvoyeurs de pétrole à la Chine ou aux Etats-Unis. C’est là toute la complexité de cette économie de l’énergie, hautement mondialisée: pour les Etats-Unis, seule 2% de l’eau utilisée pour le secteur pétrolier y sont directement utilisées.

Que ce soit pour le pétrole ou le gaz, cette eau est avant tout utilisée pour l’irrigation agricole, aussi bien en Chine (44% et 37% respectivement) qu’aux Etats-Unis (76% et 71%). A la différence du secteur électrique, où la plupart des besoins ont trait au secteur lui-même (91% aux Etats-Unis, 64% en Chine), loin devant l’agriculture.

Un risque pour les pays à ressources limitées

Selon les auteurs, la demande en eau pour la production d’énergie porte en particulier sur des pays où les ressources en eau sont déjà rares, en particulier aux Etats-Unis et en Chine, mais aussi au Pakistan, en Inde et dans certaines zones du Moyen-Orient. Des régions qui «présentent une faible capacité sociale d’adaptation pour affronter les défis au développement économique et humain que pose une telle pénurie», souligne l’équipe.

«Etant donné la croissance démographique et la forte interdépendance entre l’eau, l’alimentation et la demande énergétique, notre étude révèle qu’il y a là une menace importante pour les ressources mondiales en eau, qui n’a jamais été prise en compte en détail», ajoutent les chercheurs. Au-delà des émissions de GES, «les politiques énergétiques devrait envisager d’autres conséquences sur les écosystèmes, et sur les biens et services qu’ils fournissent à nos sociétés», concluent-ils.



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