L’eau: le talon d’Achille de la transition énergétique

Le 15 novembre 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Même la centrale solaire consomme de l'eau.
Même la centrale solaire consomme de l'eau.
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Tous les scénarios de transition énergétique ne se valent pas. Certains consommeront trop d’eau pour un monde assoiffé par le réchauffement climatique, souligne le rapport que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publie ce mercredi 16 novembre.

Un million de litres. C’est la quantité d’eau nécessaire à la culture d’une parcelle de canne à sucre suffisante pour produire autant d’énergie qu’une tonne de pétrole. Il faut en moyenne 1.000 fois moins d’or bleu pour extraire une tonne de charbon. C’est le paradoxe soulevé par le World Energy Outlook 2016 (WEO) que publie aujourd’hui l’AIE.

Habituellement, l’agence de l’OCDE utilise son rapport annuel pour attirer l’attention sur la faiblesse des investissements pétroliers (c’est encore le cas cette année), gage d’une prochaine hausse des prix. Depuis une dizaine d’années, le WEO souligne l’inadéquation des politiques énergétiques menées par ces 39 pays membres et leurs engagements climatiques. On ne badine pas, là non plus, avec la tradition.

Pas d’énergie sans eau
Une fois n’est pas coutume, les experts de l’AIE rappellent une donnée fondamentale mais souvent oubliée: pas de production d’énergie possible sans eau. De l’eau, il en faut pour extraire du charbon, produire des hydrocarbures, refroidir des centrales électriques (thermiques et nucléaires), actionner les turbines des barrages, fabriquer des agrocarburants. Même les panneaux photovoltaïques ou les miroirs des centrales solaires ont besoin d’être dépoussiérés… à l’eau.

10% de la consommation

Une ressource vitale mais rare. L’eau douce ne représente que 2,5% de l’eau présente sur la planète. Et ses consommateurs sont, chaque jour, plus nombreux et plus gourmands. Au palmarès des plus grands buveurs, ce sont les agriculteurs qui gagnent. L’irrigation consomme 70% de l’eau que nous prélevons[1], devant les producteurs d’eau potable (10%), l’industrie (10%) et l’énergie (10%).

400 milliards de mètres cubes

Sur les 400 Mdm3 pompés[2] chaque année par les énergéticiens, 87% servent à la production d’électricité (à refroidir les centrales le plus souvent), 5% à l’extraction d’énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) et 7% à la fabrication d’agrocarburants.

Qui consomme quoi?

Le bilan eau des centrales électriques varie du tout au tout, selon les technologies. Une ferme éolienne est d’une sobriété à toute épreuve quand une centrale au charbon sous-critique (le gros du parc en service) aura besoin de 100 tonnes d’eau pour produire un mégawattheure (MWh). Les énergies vertes sont-elles les moins gourmandes? Pas nécessairement, indiquent les auteurs. Avec 1.000 litres/MWh, les centrales à géothermie ou solaires thermodynamiques consomment autant qu’un cycle combiné à gazéification intégrée et plus que certaines installations supercritiques au charbon.

Prélèvement n’est pas consommation

D’où la mise en garde de l’AIE: en composant votre prochain bouquet énergétique, n’oubliez pas l’approvisionnement en eau de vos centrales. En prenant pour base les contributions nationales volontaires publiées avant la COP 21 (NDC), le WEO estime que les prélèvements vont rester stables jusqu’en 2040. Contrairement à la consommation réelle du secteur énergétique qui passera de 48 à 76 Mdm3/an. En cause: l’explosion de la production d’agrocarburants. Entre 2014 et 2040, la consommation d’eau des usines de biogazole, biokérosène ou autre biogaz sera multipliée par 8. Outre le fait que ces politiques ne contribueront pas à stabiliser le réchauffement à 2°C, elles consommeront trop d’eau pour satisfaire tous les autres besoins humains.

450, sinon rien

D’où la nécessité d’opter pour le scénario 450. En taxant fortement les émissions de gaz à effet de serre, en fermant les centrales thermiques subventionnées (même en France!) et en favorisant les énergies renouvelables et décarbonées (nucléaire et fossile doté de captage de CO2), le secteur énergétique pourra atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, estime l’AIE. Sans pour autant consommer plus d’eau.



[1] 2% de l’eau agricole sert à l’irrigation de cultures énergétiques.

[2] Sur les 400 Md m3, 48 sont effectivement utilisés par les centrales, le reste est renvoyé dans le milieu naturel.

 



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