L’eau, l’air, les sols à rude épreuve

Le 24 juin 2018 par Marine Jobert
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Les concentrations d'ozone favorisées.
Les concentrations d'ozone favorisées.
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Encore trop peu étudiés, et pourtant essentiels pour la perpétuation de la vie, les effets du dérèglement climatique sur l’eau, l’air et les sols s’annoncent préoccupants. 

 

C’est un peu l’angle mort du dérèglement climatique. Les pressions que connaissent -et connaîtront de plus en plus- l’eau, l’air et les sols de la région Nouvelle-Aquitaine ont ceci d’inquiétant que leurs enjeux sont considérables: au plan de la santé publique (épisodes de pollution de l’air, pollinisation, qualité de l’eau potable et des eaux de baignade…); des écosystèmes (migration, développement et reproduction, effet des espèces invasives, eutrophisation…); et de nombreuses activités, comme l’agriculture (stress hydrique, fertilité des sols, lutte contre les développements d’insectes et des moisissures…), l’aquaculture, la pêche, le tourisme, etc. Ces dimensions restent encore peu explorées au plan scientifique, mais les constats sont déjà là.

Eau: 1 à 1,5°C par an

Ainsi de l’état des masses d’eau, avec 54% des masses d’eau de surface en état moyen. Seuls 36% sont en bon (ou très bon) état écologique (avec toutefois de très fortes disparités géographiques). Déjà dégradées par l’agriculture intensive, les rejets industriels, les effluents domestiques et la pression touristique, les eaux de surface subissent depuis 30 à 40 ans une augmentation des températures moyennes. Soit une tendance à l’augmentation de 1 à 1,5°C au cours d’une période de 43 ans (avec une moyenne de 0,023 à 0,035°C par année). Il ne peut -encore?- être établi un effet du dérèglement climatique sur la salinité des eaux de transition et côtières, même si quelques indices laissent à penser qu’un tel phénomène est déjà à l’œuvre. Une vigie scientifique forte doit permettre de mieux cerner ces questions.

Des assecs plus sévères

Au vu de ces constats, les scientifiques s’accordent à dire que la Nouvelle-Aquitaine risque d’être l’une des régions françaises qui sera la plus touchée, dès 2050, par la baisse du débit des cours d’eau (avec des étiages et des assecs plus sévères qu’aujourd’hui et des précipitations pluvieuses ponctuellement plus importantes); par l’augmentation de la température des eaux de surface; par une baisse significative de la recharge des nappes de surface dans certaines zones; et par une élévation importante du niveau de l’océan. «Autant d’impacts qui posent inévitablement les questions de la satisfaction des différents usages et des difficultés (encore plus importantes qu’aujourd’hui) à atteindre les normes de qualité environnementales, voire la question de la pertinence de ces dernières.»

Essentielle, et pourtant sous-documentée. La connaissance -et la compréhension- des impacts du changement climatique sur la qualité des milieux pâtit d’un manque de données. Il y a besoin de recherche appliquée au ‘terrain’ de la Nouvelle-Aquitaine, afin de préconiser les adaptations nécessaires et calibrer les enjeux environnementaux et socio-économiques qui en découleront. Sous peine de ralentir, voire de fausser, tous les plans d’adaptation, d’aménagement du territoire et d’optimisation des usages de l’eau et des sols dans le contexte du changement climatique.

Des pathogènes favorisés

La liste des calamités induites par des sols gorgés de pesticides rémanents et d’engrais de synthèse persistant 50 ans après leur utilisation est longue et inquiétante pour l’état des masses d’eau, la qualité de l’air et leurs effets sur les cultures et la biodiversité, –le tout dopé par l’augmentation de la température et de la salinité des eaux douces de surface ou l’acidification des océans, qui accroîtront globalement l’écotoxicité des milieux. S’y ajoutera l’augmentation de la fréquence et de l’intensité du développement du phytoplancton en général et des cyanobactéries en particulier, ainsi que de l’ensemble des micro-organismes indésirables (développement, transmission, virulence des pathogènes pour l’homme), dans l’eau douce comme dans l’eau de mer, accompagnée de l’émergence de certains micro-organismes pathogènes allogènes, notamment tropicaux. La conclusion est sombre: «La fragilisation accrue des milieux, la modification des chaînes trophiques et plus globalement des réseaux écologiques, déjà soumis aux pressions anthropiques, seront donc aggravées au niveau de l’ensemble des traits biologiques et écologiques par l’excès de pollution induit par le changement climatique, en absence de mesures d’adaptation immédiates.»

Air: ozone et aérosols en hausse

Certes, le dérèglement climatique favorisera les émissions des plus grosses particules issues de l’érosion des sols par les épisodes de sécheresse. A contrario celles provenant de l’utilisation de chauffage au bois seront atténuées. Mais ce sont les concentrations d’ozone et d’aérosols atmosphériques qui risquent d’être les plus problématiques pour la santé et les écosystèmes. Les émissions de composés organiques volatils (COV) et semi-volatils (COSV) devraient aussi augmenter d’ici 50 ans du fait de l’effet de fertilisation du CO2 sur la végétation et de la hausse des températures. Celles de COV anthropiques par évaporation (transport routier, remplissage de réservoirs à la station-service) vont également augmenter avec la température jusqu’à 30% d’ici la fin du XXIe siècle. Enfin, les allergies dues aux pollens ont de beaux jours devant elles…

Sols: scénario catastrophe

Quant aux sols, la hausse de température entraînera notamment une augmentation de l’activité biologique des sols, donc de la minéralisation de la matière organique présente, conduisant à une perte de carbone plus importante avec des répercussions importantes sur la fertilité des sols et sur l’agriculture, ainsi que de probables effets sur le cycle de l’azote. Par ailleurs, la réponse des plantes à l’élévation du CO2 atmosphérique peut entraîner des risques de manque de nutriments comme l’azote et le phosphore.

 



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