L’eau de mer sauvera-t-elle l’étang de Berre?

Le 12 mai 2017 par Stéphanie Senet
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Le projet vise à refaire circuler de l'eau de mer
Le projet vise à refaire circuler de l'eau de mer

Le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) donne son feu vert à une expérimentation minimale de la remise en circulation de l’eau de mer dans l’étang de Berre, au nord-ouest de Marseille (Bouches-du-Rhône).

 

Souhaitée par la ministre de l’environnement Ségolène Royal, la reprise du pompage d’eau de mer pourrait se concrétiser à titre expérimental dans les prochains mois. Dans son rapport publié le 4 mai, le CGEDD recommande en effet de revoir à la baisse les débits (et les coûts) pour ne pas dépasser une facture de 16 millions d’euros (13 M€ pour le pompage et 3 M€ pour la déstratification). L’objectif est double: évaluer la réaction des milieux et tester les technologies permettant de venir à bout de la stratification.

«Des incertitudes demeurent sur l’impact qu’auront les pompages d’eau salée sur les écosystèmes. Les risques de remettre des sédiments pollués en suspension, de provoquer des phases de mortalité ou d’invasion de certaines espèces ne sont pas nuls et sont difficiles à apprécier et maîtriser», écrivent les auteurs du rapport.

 

Accord du ministère en 2003

L’idée de rouvrir l’étang salé de Berre à la mer ne date pas d’hier. Elle s’est posée dès l’effondrement, en 1963, du canal du Rove[1]. Elle est régulièrement revenue par la suite, avec la mise en service de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas. Situé en amont du lac salé, cet ouvrage est autorisé à rejeter 1.200 millions de mètres cubes d’eau douce et 60.000 tonnes de limon par an. De quoi modifier en profondeur l’écologie de l’un des plus grands étangs salés d’Europe.

Ce n’est qu’en 2003 (37 ans après l’inauguration du barrage!) que le ministère de l’écologie a donné son accord à cette remise en circulation d’eau de mer, en vue de renouveler l’eau des étangs. Pour améliorer l’état écologique des masses d’eau et atteindre leur bon état en 2027, les solutions ne sont pas légions. Et la plupart ont déjà été mises en place. «L’une des principales évolutions des 20 dernières années a été de plafonner les rejets des eaux et des sédiments de la Durance, liés à la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas, et de les moduler en fonction de l’état de l’étang», observe Laurent Roy, directeur général de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse (RMC).

 

Contrat d’étang

A cette réduction d’apport en eau douce et en sédiments, s’ajoute la baisse des rejets de polluants. C’est l’objet du contrat d’étang. Signé en mai 2013, il a contribué à réduire les pollutions domestiques et industrielles. La qualité de l’assainissement de plusieurs stations (dont Miramas et Martigues) s’est améliorée. Les eaux pluviales de l’aéroport de Marignane sont désormais collectées. Les pollutions ponctuelles, comme les rejets d’hydrocarbures, sont mieux traitées, souligne l’Agence de l’eau RMC, partenaire du contrat d’étang qui finance ces actions à hauteur de 5 M€.

 

Indicateurs au rouge

Si son bilan n’est pas encore publié, le CGEDD rappelle que les indicateurs sont au rouge. Une quinzaine d’espèces benthiques seulement vivent au fond de l’étang, contre 101 en 1949. Même chose pour les phanérogames dont la surface des herbiers est passée de 6.000 hectares à 1,5 ha, entre le début et la fin du XXe siècle.

La production biologique des anguilles n’est pas meilleure. Elle a été divisée par 40 entre 1970 et 2014. «Pour l’heure, seule la qualité physico-chimique affiche un bon état. En revanche, la qualité biologique oscille entre un état moyen, pour les espèces benthiques et le phytoplancton, à un état mauvais pour les macrophytes, dont les herbiers», détaille Laurent Roy. «Du fait de désaccords entre le gestionnaire de l’étang de Berre (Gipreb) et celui de la lagune de Bolmon (Sibojaï), toutes les mesures n’ont pu être réalisées et le diagnostic des masses d’eau reste lacunaire», complète le CGEDD.

 

Débits à la baisse

Selon les scénarios retenus, les débits visés par l’expérimentation s’élèvent à 4 ou 10 m3 par seconde (contre 20 m3/s initialement). Ce ne sera pas le même prix: 13 M€ dans le premier cas, et 21 M€ dans le second. La première option permet d’utiliser une galerie existante. Choisir la seconde impose le creusement d’un ouvrage de plus forte section. Selon le CGEDD, cela permettrait de réduire la dérive financière du projet, dont le coût est passé de 8 à 31 M€ en 2016.

 

nouveau champ d’actions

D’autres actions pourraient toutefois être menées. Le rapport cite notamment «des efforts à faire sur la gestion des eaux pluviales chargées en matière organique, en hydrocarbures et autres polluants».

Pour sa part, le conseil scientifique du Gipreb estime que «le bon état écologique des masses d’eau ne sera pas atteint en 2027 sans de nouvelles réductions des rejets d’EDF». La gouvernance de la gestion des eaux doit par ailleurs évoluer. «Tout dépend de la façon dont la métropole marseillaise prendra en charge ses nouvelles compétences en matière de gestion de l’eau et de l’assainissement en 2020, et de gestion des milieux aquatiques en 2018», lance le directeur de l’Agence de l’eau RMC.

En attendant, le maître d’ouvrage du projet de remise en circulation de l’eau de mer –le Grand Port Autonome de Marseille- devrait finaliser son dossier dans les prochains mois, avec le dépôt des études techniques, la demande d’autorisation préfectorale et la demande de financements.

 

 



[1] Le tunnel avait été construit pour relier Marseille au Rhône. L’étang de Berre n’est plus relié à la mer que par le canal de Caronte.

 



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