L’ayurveda, une médecine un peu plombée

Le 29 août 2012 par Romain Loury
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Une médecine qui plombe les malades.
Une médecine qui plombe les malades.

 

Les remèdes ayurvédiques, issus de la médecine traditionnelle indienne, peuvent contenir des taux élevés de plomb, métal lourd particulièrement nocif pour les femmes enceintes, avertissent les centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) dans un rapport (http://www.cdc.gov/mmwr/pdf/wk/mm6133.pdf).

Vendus sur internet, ces produits, qu’ils soient présentés comme compléments alimentaires ou médicaments, échappent au contrôle des autorités chargées de l’évaluation. Notamment de la Food and Drug Administration (FDA) qui, dès 2008, lançait une alerte à ce sujet.

Raison de son inquiétude, la présence souvent élevée de métaux lourds, dont le plomb, le mercure et l’arsenic. Parmi les produits vendus sur internet, 21% contiendraient des niveaux détectables de l’une ou l’autre de ces substances nocives, certaines atteignant même un taux 100.000 fois plus élevé que les limites jugées acceptables, rappelait la FDA en 2008.

Le message semble avoir du mal à passer, selon le document publié le 24 août par les CDC. Les centres y font état de 6 femmes enceintes présentant des taux sanguins élevés de plomb, en raison d’une prise régulière de traitements ayurvédiques, très chargés de ce métal.

Parmi ces 6 femmes, dont 5 d’origine indienne -et 1 d’origine colombienne-, 2 ont par la suite fait une fausse-couche. Si le lien de causalité n’est pas établi -ces 2 femmes prenaient justement leur traitement pour des problèmes de fertilité-, les avortements spontanés constituent un risque majeur du plomb pendant la grossesse.

Ce n’est pas le seul: il peut aussi entraîner des retards de développement (physique ou mental), ainsi que des problèmes comportementaux durant l’enfance. Au-delà de la grossesse, l’excès de plomb (saturnisme) est toxique pour le cerveau, les reins et le système génital.

Selon les CDC, le plomb retrouvé dans le sang de ces 6 femmes n’est pas forcément celui absorbé les jours précédents: stocké au niveau des os, ceux-ci pourraient en libérer au cours de la grossesse, au même titre que le calcium nécessaire pour fabriquer l’ossature du fœtus.

«Si tous les traitements ayurvédiques ne contiennent pas de métaux lourds introduits de manière intentionnelle, les 6 patientes utilisaient des ‘rasa shastra’, type de remèdes dont la recette inclut des métaux, des minéraux ou des gemmes», expliquent les CDC.

S’il paraît difficile d’interdire l’achat de ces produits sur internet, les CDC appellent les médecins à plus de vigilance face aux femmes «à risque», particulièrement celles d’origine indienne. A savoir: faire la liste des traitements traditionnels éventuels, conseiller leur arrêt et penser à analyser le taux sanguin des métaux lourds.

Selon une étude menée par le département de la santé de l’Etat de New York, «plus de 70%» des femmes enceintes ayant présenté des taux élevés de plomb en 2011 prenaient des traitements traditionnels originaires de leur pays, Inde ou autre. Or le recours à la médecine ayurvédique explose aux Etats-Unis: entre 2002 et 2007, le nombre de consultations chez un praticien a bondi de 39%, notent les CDC.



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