L’avis de l’Efsa sur le BPA très critiqué par des associations environnementales

Le 20 janvier 2014 par Marine Jobert
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Les foetus, premiers exposés ou peu concernés?
Les foetus, premiers exposés ou peu concernés?
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Une expertise qui nie «95% des données scientifiques publiées». Voilà le jugement cinglant que le réseau Environnement-Santé a réservé à la publication de l’avis de l’agence européenne de santé alimentaire (Efsa) consacré à l’évaluation des risques liés au bisphénol A et publié le 17 janvier pour consultation. L’Efsa, à partir de plus de 450 études portant sur les dangers potentiels pour la santé associés au BPA, a certes identifié «des effets indésirables probables sur le foie et les reins, ainsi que des effets sur la glande mammaire, comme étant liés à l'exposition à cette substance chimique», qui l’amène à recommander que la dose journalière admissible[1] (DJA) actuelle «soit abaissée» -et ce provisoirement- d’un facteur 10[2]. Mais elle qualifie le risque pour la population de «faible (…) étant donné que l'exposition à cette substance est bien inférieure à la DJA provisoire».

 

«[Cette nouvelle DJA] reste très au-dessus des expositions de la population humaine, ce qui permet à l’Efsa d’affirmer qu’il n’y a pas de risque pour la population», note le RES, qui dénonce les fondements scientifiques sur lesquels s’appuie l’agence européenne pour fonder son raisonnement. «Pour arriver à cette conclusion, l’Efsa continue de s’appuyer sur les deux mêmes études que dans son précédent rapport. Ces études datant de 2002 et 2008 ont été faites par la même auteure (Rochelle Tyl) travaillant dans un laboratoire dépendant de l’industrie chimique. Ces études ont fait l’objet de critiques répétées, publiées dans la presse scientifique, mettant en évidence le caractère frauduleux de leur conception destinée à ne rien pouvoir mettre en évidence (…) La principale critique est que ces études n’ont testé que des fortes doses, ce qui ne permet pas de voir les effets survenant à faible dose qui sont la caractéristique des perturbateurs endocriniens.» Et de citer plusieurs études écartées par l’Efsa, voire ignorées, pour des motifs fallacieux aux yeux du RES. L’ONG Women in Europe for a Common Future (WECF) se demande carrément s’il est «bien sérieux de continuer à se focaliser sur le seul BPA, alors que d’autres substances présentes en cocktail dans des produits de consommation courante (textiles, jouets, cosmétiques, etc.) mériteraient au moins autant d’attention. A quand des modèles et actions cohérents sur les mélanges reflétant mieux les expositions réelles

 

Cet avis de l’Efsa, auquel le RES entend bien apporter ses commentaires, intervient alors que la définition de la notion de perturbateur endocrinien semble s’enliser. Prévue pour fin 2013, la stratégie européenne sur les perturbateurs endocriniens n’a toujours pas été publiée par la Commission européenne, rappelle WECF. « La Commission a renvoyé cette échéance à la réalisation d’une étude d’impacts économiques, faisant ainsi fi tout à la fois de la décision démocratique, de la science et des enjeux sanitaires et environnementaux», déplore Yannick Vicaire, chargé de la réglementation chimique au RES dans un communiqué.



[1] La dose journalière admissible désigne la quantité de substance qui peut être quotidiennement ingérée par le consommateur, pendant toute la vie, sans effet pour sa santé. Elle est calculée à partir d'une dose sans effet observé (DSE) appelée encore dose sans effet indésirable observé (DSEIO ) ou dose minimale ayant un effet indésirable observé (DMEIO ) et d'un facteur de sécurité ou facteur d’incertitude (FS ou FI).

La DSE choisie pour le calcul est issue de l'étude la plus appropriée sur une espèce animale sensible et représentative.
Le facteur de sécurité tient compte de la variabilité intra et inter-espèces et de la nature des effets de la substance. Ce coefficient de sécurité varie de 100 à 1.000, selon la classification de la substance active.

Les DJA sont fixées soit par la Commission européenne, soit par des instances internationales (FAO/OMS). On parle de DJA pour les pesticides et de dose journalière tolérable (DJT) pour les métaux lourds.

 

[2] Elle passerait d’un niveau actuel de 50 microgrammes par kilo de poids corporel/jour à 5 µg/kg pc/jour

 



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