L’aviation plombera-t-elle le bilan carbone britannique?

Le 18 décembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En 2050, l'aviation émettra le quart des émissions carbonées britanniques.
En 2050, l'aviation émettra le quart des émissions carbonées britanniques.
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Le gouvernement britannique lance une consultation sur l’avenir du transport aérien dans l’île et ses conséquences.

 

Le Royaume-Uni est accro à l’avion. Avec 284 millions de passagers ayant transité dans les aérogares britanniques en 2017, le trafic a doublé en 20 ans. Et les perspectives sont prometteuses pour les exploitants d’aéroports et les compagnies aériennes. Selon les projections du gouvernement de Theresa May, 435 millions de personnes pourraient se poser ou décoller depuis un tarmac made in UK vers 2050. Ce n’est pas tout. Avec le développement du commerce en ligne, le trafic d’avions cargos devrait doubler au cours des trois prochaines décennies.

troisième piste à Heathrow

Ce décollage des activités aériennes ne passera pas inaperçu. Le méga aéroport londonien d’Heathrow devrait décrocher, vers 2021, la construction de sa troisième piste. Une infrastructure indispensable, explique le gouvernement. Sans elle, un vol sur trois devra subir un retard d’une demi-heure. Dans les métropoles régionales, le gouvernement prévoit d’agrandir et de moderniser les plateformes aéroportuaires existantes pour les adapter au trafic annoncé.

Le nombre de riverains exposés aux bruits et aux pollutions de l’air devrait progresser en conséquence, malgré l’amélioration des performances des moteurs et des carburants.

Mais c’est l’aspect climatique de ce boom aérien qui inquiète. Du propre aveu gouvernemental, les émissions carbonées de l’aviation commerciale pourraient représenter le quart du bilan carbone britannique vers le milieu du siècle, contre 7% aujourd’hui. Incroyable, mais potentiellement trompeur.

stabilité des émissions?

Si le Royaume-Uni respecte ses engagements climatiques, ses émissions nationales devraient être réduites de 80% entre 2005 et 2050. Mais ce bilan ne comprend pas le CO2 aérien, pas plus que celui émis par la marine marchande. Résultat: si les compagnies aériennes parviennent (c’est l’objectif qu’elles se sont fixé) à maintenir leurs rejets carbonés de 2050 au niveau de ceux du début du siècle, sa part relative dans le bilan national explosera, sans que le tonnage réel ne connaisse la moindre inflation. Voilà pour le raisonnement du ministère des transports.

Un raisonnement qui souffre de quelques approximations. Pour être résolue, l’équation de la réduction de la contribution carbone de l’aviation suppose que l’efficacité énergétique des avions progresse de 60% en 30 ans. Pas gagné. Le pari britannique repose aussi sur une mise en service rapide de Corsia, le futur mécanisme mondial de compensation des émissions du secteur aérien. Ce n’est pas gagné non plus, au vu du rythme de progression des négociations sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris, cadre juridique de Corsia.

des déchets faisons du kérosène

Londres parie également sur l’arrivée prochaine de l’avion électrique ou hybride pour les liaisons court courrier, ainsi que sur les carburants synthétiques. Shell, Velocys et British Airways pourraient ainsi investir 500 millions de livres (556,6 M€) dans la transformation de la raffinerie de Coryton (Essex) sur les bords de la Tamise. Si le résultat des études de faisabilité en cours s’avère positif, l’installation sera modifiée pour produire du kérosène à partir des ordures ménagères (OM) non recyclables.

Velocys explique que les OM seront gazéifiées par une torche à plasma; le gaz de synthèse devant être ensuite transformé en carburant, selon l’antique procédé Fischer-Tropsch. Le bilan carbone de ce carburant est 70% inférieur à celui du kérosène d’origine pétrolière, indique l’industriel. Il reste cependant encore plus cher à produire. Les industriels estiment que la rentabilité de la raffinerie ne sera assurée qu’avec un prix du baril supérieur à 70 dollars (61,5 €) et une forte hausse de la taxe sur la mise en décharge au Royaume-Uni. En outre, cette nouvelle raffinerie produira tout juste 45.000 tonnes de kérosène par an. De quoi assurer 1.800 pleins d’Airbus A 320 Neo.



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