L’avenir de l’huile de palme est dans les anciens pâturages

Le 21 novembre 2019 par Stéphanie Senet
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Quand le palmier à huile se réconcilie avec le climat
Quand le palmier à huile se réconcilie avec le climat
Juan Carlos Quezada

Une plantation de palmistes neutre en carbone, c’est possible, estime une étude publiée le 20 novembre dans la revue Science Advances.

Le secteur de l’huile de palme trouvera-t-il un jour sa rédemption? Responsable d’une partie de la déforestation mondiale (en particulier en Indonésie et en Malaisie), fortement émetteur de dioxyde de carbone[1], il peut en effet afficher un bilan carbone neutre, dans une hypothèse précise étudiée par des chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et de l’Institut fédéral de recherches (WSL). Les scientifiques ont calculé le bilan carbone de la plantation d’éléis dans les anciens pâturages de la région de Los Llanos, en Colombie (4e producteur mondial). Résultat: il devient neutre au terme de 56 ans grâce à une compensation des pertes de carbone stocké dans le sol par le carbone issu de la biomasse des plantations.

La qualité des sols à la loupe

«Notre article détaille, pour la première fois, le bilan carbone de la culture de palmiers à huile sur deux cycles de culture puisque ces palmiers sont remplacés tous les 25 à 30 ans», précise Juan Carlos Quezada, doctorant à l’EPFL. «C’est aussi la première fois que nous pouvons décrire les effets de cette production sur la qualité et la fertilité des sols, en considérant non seulement leur superficie mais aussi leur profondeur», poursuit le chercheur.

Avantage aux pâturages

Sous les Tropiques, les pâturages s’étendent sur de larges surfaces herbeuses et ne comptent que quelques petits arbres épars. Les palmiers à huile, dont la taille peut atteindre  15 mètres de hauteur, représentent une plus forte capacité de stockage du CO2. Une fois coupés au ras du sol, leurs racines et une partie de leurs matières végétales nourrissent les sols, compensant partiellement les pertes de carbone stocké initialement. «Les grands pays producteurs d’huile de palme ont des réserves de pâturages dégradés qu’ils pourraient convertir favorablement pour limiter les pertes massives de carbone liées à la déforestation», explique Alexandre Buttler, directeur du laboratoire des systèmes écologiques de l’EPFL. Les pâturages présentent deux principaux atouts: ils sont disponibles en grande quantité dans le monde et abritent une faible biodiversité.

De nombreuses incertitudes persistent toutefois, notamment en ce qui concerne l’évolution des stocks de carbone organique dans le sol et des propriétés des sols. Un autre sujet de recherche pour les scientifiques suisses.

 



[1] En Asie du sud-est, la déforestation pour la plantation de palmiers à huile est la deuxième plus grande source d’émission de CO2.