L’autoconsommation d’électricité: futur ou utopie?

Le 07 juin 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Toi aussi produis ton électricité solaire
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Avec les avancées législatives et réglementaires de 2016, l’autoconsommation d’électricité semble appelée à se développer. Mais le régulateur n’entend pas se laisser déborder.

C’est l’un des sujets de la transition énergétique appelé à prospérer. Lancé officiellement il y a peu, l’autoconsommation fait déjà rêver les partisans des énergies renouvelables et de la décentralisation énergétique. De quoi s’agit-il?

De prime abord, d’utiliser l’énergie générée sur place. Dans les contextes français ou allemand, il s’agit surtout de consommer les électrons produits par des panneaux photovoltaïques installés à proximité des consommateurs. L’arrivée du numérique et des monnaies dématérialisées laisse entrevoir une commercialisation du courant entre particuliers. Un marché de l’électricité sans électricien, ni banque: une sacrée révolution! Nous n’en sommes pas encore là.

+43% en quelques mois

Ce mercredi 7 juin, la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) organisait un séminaire pour faire le point. Dans l’Hexagone, les récentes avancées législatives et réglementaires ont fait exploser la demande. Depuis la fin de l’année passée, le nombre de foyers passés en autoconsommation est passé de 14.000 à 20.000: un bond de 43% en quelques mois. «Si l’on rapporte ces chiffres aux 37 millions de consommateurs français d’électricité, il faut tout de même relativiser cet engouement», tempère Dominique Jamme, conseiller spécial du président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

Tendance de fond

D’autres sont plus enthousiastes. Rappelant la chute des prix des installations solaires, les progrès techniques réalisés par les fabricants de batteries, la volonté des citoyens et des territoires de se réapproprier les questions énergétiques, Richard Loyen voit dans l’autoconsommation –individuelle et collective- une tendance de fond. «Déjà 8% des maisons neuves sont autoconsommatrices, contre 6% en 2015», poursuit le délégué général d’Enerplan.

Grande distribution

Encore dans les limbes, l’autoconsommation collective serait propre à réconcilier capitalistes et humanistes. De grands distributeurs proposent ainsi aux gérants de leurs supermarchés d’installer des centrales solaires sur les toitures de leurs magasins. De quoi produire l’équivalent de 20 à 25% de leur consommation d’électricité et donc diminuer leurs coûts d’exploitation. Casino, Castorama, Carrefour, Système U et Intermarché ont déjà franchi le pas. De grandes centrales de toitures pourraient aussi alimenter des consommateurs proches, grâce à une boucle locale (un mini-réseau de distribution).

Précarité énergétique

Dans une autre optique, Richard Loyen imagine des bailleurs sociaux équiper leur parc d’immeubles en panneaux solaires pour générer une électricité à bas coût qui allégerait les charges des précaires énergétiques. «Grâce au photovoltaïque, nous savons produire une électricité à 12 cents le kilowattheure (kWh) pendant 30 ans. Quel électricien peut-il faire de même?», s’interroge-t-il.

Le groupe EDF semble avoir une idée. En mars dernier, EDF ENR a raflé 42% des projets sélectionnés lors du second appel d’offres Autoconsommation. Un an après avoir lancé une offre Autoconsommation pour les particuliers (1.700 contrats revendiqués), la filiale renouvelable de l’énergéticien s’attaque, ces jours-ci, au marché des immeubles de logements collectifs.

Encadré. En mars dernier, Ségolène Royal avait lancé un appel d’offres Autoconsommation pluriannuel. Destiné aux installations de 100 à 500 kW de puissance, il s’étalera jusqu’en 2020. A chaque saison, une tranche d’une cinquantaine de mégawatts (MW) sera lancée. L’objectif étant de développer 450 MWc d’ici la fin 2020. Toutes les sources d’énergies renouvelables sont acceptables, mais seules les centrales photovoltaïques installées en toiture ou sur ombrière sont éligibles.

Ceci réjouit Enedis qui voit là un nouvel usage pour son compteur communicant Linky, en cours de déploiement. Mais la filiale distribution du groupe, comme la CRE, craint un développement trop rapide et non anticipé de l’autoproduction. En cause, notamment, le manque de rémunération des distributeurs. L’article 119 de la loi sur la transition énergétique prévoit, certes, la création d’un tarif d’utilisation des réseaux spécifiques aux autoconsommateurs disposant d’une installation d’une puissance inférieure à 100 kilowatts crête (kWc). La CRE doit prochainement engager une vaste concertation pour élaborer ce micro-Turpe[1], qui pourrait voir le jour au cours de l’année prochaine.

L’occasion de trancher un débat technique. Sur le modèle des abonnements au téléphone mobile (forfaitaire), Enedis, notamment, suggère que la partie soutirage du Turpe (composée d’une part ‘puissance souscrite’ et d’une part ‘quantité d'énergie soutirée’) soit recalculée en donnant plus de poids à la puissance qu’à l’énergie soutirée. «Ce rééquilibrage pourrait faire disparaître le signal horo-saisonnier, très important pour la gestion des pointes en France. Et ce faisant conduire à surdimensionner les réseaux», analyse Dominique Jamme. Et donc à augmenter la facture d’électricité des non-autoconsommateurs. Un comble!

 



[1] Turpe: tarifs d’utilisation des réseaux publics d’électricité 

 

 



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