L’atlas carbone qui dérange

Le 20 novembre 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Visualiser les flux de carbone.
Visualiser les flux de carbone.
Global Carbon Atlas

A Varsovie, les discussions se tendent. Pays riches et pauvres s’affrontent sur la délicate question des «pertes et dommages». Les seconds veulent que les premiers les dédommagent financièrement des conséquences du changement climatique imputables aux émissions historiques des pays du Nord. Ces derniers, comme l’a rappelé, mardi 18 novembre dans nos colonnes, le ministre français chargé du développement, y sont farouchement opposés.

Les membres de l’OCDE veulent bien débloquer des fonds pour financer la réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays émergents et en développement, ainsi que leur adaptation. Mais en aucun cas les dommages climatiques à leurs économies. «Avec les pertes et dommages, nous atteignons des montants financiers qui sont hors du réel», indiquait Pascal Canfin. En ouvrant, ce mercredi, le segment ministériel de la conférence climatique, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a tenté de calmer le jeu, en rappelant notamment que les engagements actuels étaient insuffisants. Il n’est pas dit que cela suffise.

D’autant que les grands pays émergents deviennent les principaux émetteurs de GES, souligne le Carbon Global Project 2013, publié mardi. A elle seule, la Chine émet 27% du CO2 mondial, loin devant les états-Unis (14%), l’Union européenne (10%) et l’Inde (6%).

Mercredi matin, des climatologues français présentaient à Paris un bien intéressant site internet. Financé par la fondation BNP Paribas, le Global Carbon Atlas met en scène les données produites par une trentaine de laboratoires de par le monde.

Il présente de façon pédagogique une synthèse des derniers inventaires nationaux d’émission de CO2, principal GES anthropique. En quelques clics, l’internaute visualise l’évolution des rejets de gaz carbonique, les flux naturels de carbone et les conséquences sur la biosphère des différents scénarios d’émission du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec).

Bref, plus besoin de lire successivement les énormes et soporifiques rapports du Giec et de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour se faire une idée des situations passées et actuelles, avant d’imaginer le futur.

Le site montre également que le monde a changé depuis la signature, en 1992, de la convention de l’ONU sur le changement climatique. «En 2002, rappelle Philippe Ciais, l’AIE estimait que la Chine deviendrait le premier émetteur mondial de carbone en 2030.» Pékin est, en fait, monté sur la plus haute marche du podium carbonique dès… 2007.

Malgré de très gros efforts, l’Empire du milieu ne devrait d’ailleurs stabiliser ses émissions qu’aux alentours de 2030. «Ce qui est trop tard pour nous maintenir sur la voie menant aux 2°C.» Et le chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE) d’ajouter que «l’architecture des accords internationaux du climat est obsolète car, avec un taux de croissance annuel de 7%, les émissions indiennes sont un tsunami qui arrive».

Le Global Carbon Atlas met le doigt sur un autre point douloureux: la fiabilité des chiffres. Du fait de la méconnaissance de certains flux naturels, mais surtout de la piètre qualité de certains inventaires d’émissions anthropiques, la photo carbone de la planète reste un peu floue. «Le niveau d’incertitude des statistiques chinoises est de l’ordre de 15%, contre 3 à 4% pour les données américaines ou européennes», estime Philippe Ciais. Cette année, les données d’émission de l’industrie cimentière australienne n’ont pas été intégrées à l’atlas, tant elles avaient été bidouillées. Pas simple, avec un tel matériel, de fixer des objectifs de réduction équitables et quantifiés.



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