L’aspartame, nouveau cheval de bataille des ONG

Le 21 janvier 2011 par Sabine Casalonga
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L'aspartame est suspecté d'effets cancérigènes chez les rongeurs
L'aspartame est suspecté d'effets cancérigènes chez les rongeurs

Le réseau Environnement-santé (RES) et l’association Générations futures (GF) ont organisé ce vendredi 21 janvier un point-presse pour alerter sur les risques liés à la consommation d’aspartame, suite à la publication de nouvelles études suggérant des effets cancérigènes chez la souris et des naissances prématurées chez les humains. Le dossier scientifique reste toutefois controversé.

 

Fort de son succès sur le dossier du bisphénol-A (BPA), dont l’interdiction dans les biberons est effective depuis janvier 2011 en France, le RES, créé en 2009, a enfourché un nouveau cheval de bataille : l’aspartame. Egalement connu sous le sigle E951, cet édulcorant artificiel, utilisé dans plus de 6.000 produits, est suspecté depuis plusieurs années d’effets toxiques sur la santé humaine. Jusqu’à présent, les agences sanitaires ont cependant nié l’existence d’un danger. Ce qui est aussi le cas pour le BPA, en dépit de la reconnaissance de « signaux d’alerte » par l’Inserm en juin 2010 [voir le JDLE].

Porte-parole du RES, André Cicolella, également lanceur d’alerte à propos des éthers de glycols dans les années 1990, explique que l’objectif de cette nouvelle campagne est d’introduire les nouvelles données scientifiques dans le débat public alors qu’elles « ne sont pas prises en compte par les agences sanitaires ». « L’enjeu actuel auquel nous sommes confrontés est l’augmentation des maladies chroniques (diabète, cancer, obésité). Une fois que l’on a identifié les causes, il ne faut plus attendre pour agir, sous peine de reproduire les erreurs passées de l’amiante et du tabac ». Or le président du RSE estime que les preuves concernant le rôle néfaste de l’aspartame sont « suffisamment convaincantes ».

Le RES a choisi de présenter deux nouvelles études sur l’édulcorant. La première a été réalisée par l’équipe du chercheur Morando Soffritti, expert pour le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) de Lyon et membre du Centre de recherche sur le cancer Ramazzini de Bologne. Publiée en décembre 2010 dans la revue American Journal of Industrial Medicine[1], elle montre un effet cancérigène de l’aspartame chez la souris mâle (mais pas chez la femelle).

Deux études[2] du même auteur avaient déjà montré en 2006 et 2007 le caractère cancérigène de l’aspartame chez le rat (mâle et femelle), à des doses proches de la dose journalière admissible[3] (DJA) chez l’homme. Une douzaine de chercheurs américains avaient alors interpellé la Food and Drug administration (FDA). Toutefois, la FDA en 2007, puis l’Efsa en 2009 (voir l’avis) avaient conclu à l’absence d’éléments probants justifiant une modification de la DJA, en raison notamment de faiblesses méthodologiques.

Réalisée par une équipe danoise auprès de 60.000 femmes enceintes, la seconde étude[4] suggère un lien entre la consommation quotidienne d’une boisson édulcorée artificiellement et le risque d'accouchement prématuré. Par rapport aux femmes n’ayant pas consommé de boisson « light », ce risque était accru de 38 % chez les femmes en ayant bu au moins une fois par jour et de 78 % chez celles en ayant consommé au moins 4 rations par jour. Les auteurs précisent toutefois que d'autres études sont nécessaires pour confirmer ou infirmer ces résultats. « D’autres travaux révèlent que l’aspartame, pourtant utilisé pour limiter la prise de poids, augmenterait le risque d’obésité », ajoute André Cicolella.

Dans une note d’actualité du 11 janvier, la nouvelle Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a indiqué qu’elle allait examiner « sans délai » ces nouvelles études « en vue d'éventuelles recommandations aux autorités françaises », et qu’elle « [saisirait] le cas échéant l'autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) ». Un premier point d’étape sera publié à la fin du mois de janvier.

« On attend de l’Anses qu’elle fasse son travail, dans le respect des règles déontologiques et qu’elle en déduise une révision à la baisse de la DJA », affirme André Cicolella.

L'aspartame est autorisé en Europe depuis 1994 après évaluation par le Comité scientifique de l'alimentation humaine de la Commission européenne (CSAH). Ce comité a établi une DJA de 40 milligrammes par kilo (mg/kg) de poids corporel. Selon le porte-parole du RES, elle devrait être abaissée à 2 microgrammes (µg/kg). Il s’appuie pour cela sur l’étude de 2007 où l’effet cancérigène chez le rat a été observé à la dose de 20 mg/kg, puis en multipliant la dose par des facteurs de sécurité pour l’homme.

« Une personne qui consommerait plusieurs produits ‘light’ (boissons, yaourts, chewing-gum…) par jour serait exposée à une dose de 5 à 10 mg/kg/jour », précise le porte-parole du RES. L’aspartame serait utilisé régulièrement par 200 millions de personnes dans le monde.

Cette campagne est aussi l’occasion pour l’ONG de poser la question de la déontologie des expertises. « L’Institut Ramazzini est à l’origine de la découverte de substances cancérigènes comme le chlorure de vinyle ou le formaldéhyde. Néanmoins, les résultats de ses études concernant l’aspartame, effectuées avec le même protocole, ont été écartées par l’Efsa, au motif de faiblesse méthodologique », argue André Cicolella.

Et Pierre Meneton, membre du RES et chercheur à l’Inserm[5], d’ajouter : « Les conflits d'intérêt invoqués ces temps-ci au sein des agences d'expertise pour expliquer le scandale du Médiator ne représentent que la partie émergée de l'iceberg. Il existe en effet un faisceau concordant de données démontrant que la source de financement influence de manière majeure les résultats des études publiées dans les journaux scientifiques et médicaux ».

 



[1] « Aspartame administered in feed, beginning prenatally through life span, induces cancers of the liver and lung in male Swiss mice », Soffritti et al. Am J Ind Med.; 53(12) :1197-206 (décembre 2010)

 

[2] « Life-span exposure to low doses of aspartame beginning during prenatal life increases cancer effects in rats » Soffritti et al. Environ Health Perspect. 115(9):1293-7 (septembre 2007); « First experimental demonstration of the multipotential carcinogenic effects of aspartame administered in the feed to Sprague-Dawley rats » Environ Health Perspect.; 114(3):379-85 (mars 2006)

 

[3] La DJA est l'estimation de la dose présente dans les aliments ou l'eau qui peut être ingérée tous les jours pendant toute la vie, sans risque appréciable pour la santé

[4] « Intake of artificially sweetened soft drinks and risk of preterm delivery: a prospective cohort study in 59,334 Danish pregnant women », Halldorsson et al. Am J Clin Nutr. 92(3):626-33 (sept. 2010)

 

[5] Institut national de la santé et de la recherche médicale



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