L’ASN veut plus de rigueur dans le nucléaire

Le 23 janvier 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Bernard Doroszczuk, le président de l'ASN, appelle les industriels à plus de rigueur.
Bernard Doroszczuk, le président de l'ASN, appelle les industriels à plus de rigueur.
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Le gendarme du nucléaire français appelle les industriels à renforcer leurs contrôles internes et à améliorer leurs pratiques avant que ne débute la grande vague du démantèlement.

On n’attendait plus qu’elle. Moins de trois mois après la publication du rapport Foltz sur la nouvelle gouvernance du chantier de l’EPR et quelques semaines après la réponse d’EDF, c’est peu de dire que la parole de l’Autorité de sûreté nucléaire était attendue.

Ce jeudi 23 janvier, à l’occasion de la présentation de ses vœux à la presse, son président, Bernard Doroszczuk, n’a pas mâché ses mots vis-à-vis des industriels du nucléaire français.

ressaisissement collectif

Ce spécialiste des soudures a appelé les acteurs de la filière à se ressaisir collectivement. Ce ressaisissement, a-t-il insisté, devra non seulement permettre de pérenniser les compétences (dont la raréfaction a souvent été à l’origine des retards du chantier de l’EPR), d’améliorer la qualité des réalisations (les soudures, au hasard) et la sûreté des installations.

Revenant sur le plan d’action d’EDF, Bernard Doroszczuk a estimé que les principes présentés par Jean-Bernard Lévy allaient dans le bon sens. Mais que ces nouvelles pratiques devraient non seulement être appliqués lors de la construction des futures installations mais aussi sur le parc existant. Ce que l'électricien n'avait pas forcément prévu.

manque de rigueur

Si «le manque de rigueur ne date pas d’hier», a-t-il reconnu, il semble désormais s’étendre à toutes les branches de ce qui fut l’un des fleurons de l’industrie française. Des décennies durant, la forge du Creusot, où furent forgées des milliers de pièces vitales pour l’électronucléaire tricolore, a truqué les résultats de ces contrôles de qualité. Avec des conséquences potentiellement graves en terme de sûreté.

Aujourd’hui, les «fraudes» semblent être de moindre ampleur. Ce qui n’empêche pas le gendarme en chef du nucléaire français de fustiger les prestataires qui envoient en zone contrôlée des personnels non habilités, par exemple.

Après avoir ordonné aux exploitants de renforcer leurs contrôles internes, embaucher des spécialistes pour renforcer ses compétences propres, l’ASN a ouvert sur son site un lien sécurisé pour faciliter le travail des lanceurs d’alerte.

rendez-vous dans 4 ou 5 ans

Ce nouveau dispositif ne sera pas de trop pour écrire sereinement le prochain chapitre de l’histoire du nucléaire: le démantèlement. Pas moins de 14 réacteurs de 900 MW devront être mis à l’arrêt définitif d’ici à 2035. Le site alsacien de Fessenheim devant ouvrir le bal, en février et juin 2020. Or, cette déconstruction s’avère d’ores et déjà comme une longue histoire.

Avant de lancer les bulldozers sur les bâtiments de la centrale alsacienne, EDF devra soumettre un plan de démantèlement, lequel devra être validé par l’ASN. Ce n’est qu’après son aval que l’Etat pourra engager l’enquête publique, préalable indispensable à la publication d’un décret autorisant le démantèlement véritable. «Le temps d’arriver à ce décret, cela devrait prendre quatre ou cinq ans», estime Bernard Doroszczuk. Le démantèlement: un projet de société que n’a, semble-t-il, pas préparé l’industrie et ses parties prenantes.