L'ASN tire son bilan

Le 16 octobre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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A-C Lacoste : les politiques aussi doivent prendre leurs responsabilités.
A-C Lacoste : les politiques aussi doivent prendre leurs responsabilités.

À l’occasion de sa dernière audition parlementaire, le patron de la sûreté nucléaire française a délivré quelques messages et rappelé quelques vérités. Qui parfois dérangent.

Des félicitations. Rarement l’audition parlementaire du patron d’une institution publique aura débuté sous un tel déluge de… félicitations. Et pourtant. A l’occasion de la présentation, mardi 16 octobre, de son dernier bilan devant les membres de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), le président de l’Autorité de sûreté nucléaire a échappé de peu à la standing ovation.

Députés et sénateurs ont ainsi tenu à remercier André-Claude Lacoste pour un dernier quart de siècle intégralement dédié à la sûreté nucléaire. Qu’il paraît loin le temps où la sûreté des installations nucléaires dépendait d’une vague direction du ministère de l’industrie...

Forte de quelque 300 personnes, l’ASN est aujourd’hui une autorité administrative indépendante, crainte par les exploitants (CEA mise à part) et respectée de tous (sauf peut-être des anti-nucléaire?). Conformément à la loi, le président de l’ASN, touché par la limite d’âge, quittera donc ses fonctions dans quelques semaines. Et il a profité de cette dernière tribune parlementaire pour délivrer quelques messages bien sentis.

D’abord à la Commission européenne. Les gendarmes du nucléaire français n’ont toujours pas digéré les conclusions sur les stress tests français, publiées par Bruxelles le 4 octobre dernier. «La lecture de notre rapport a été partielle et biaisée», s'indigne André-Claude Lacoste. Et le patron de l’ASN de rappeler que ses services ont édicté une trentaine de prescriptions par installation, «soit un petit millier». «De plus, la Commission n’a pas retenu notre concept de noyau dur, ni la création de la force d’action rapide».

Au-delà de l’agacement manifesté par l’autorité tricolore, il y a de la perte de confiance dans l’air. Comme du temps, pas si lointain, où le nucléaire était chose trop sérieuse pour être confié à l’Europe. Navrant, si l’on garde en tête que le prochain grand chantier des nucléocrates de l’UE est la gestion d’une éventuelle situation post-accidentelle à l’échelle continentale.

Les politiques français n’ont pas été épargnés, cet après-midi. Tout en rappelant que l’ASN s’interdisait d’intervenir dans le débat sur la transition énergétique, «ce n’est pas notre champ», André-Claude Lacoste a placé les élus devant leurs responsabilités. Notamment ceux qui soutiennent la promesse faite par François Hollande de fermer la centrale nucléaire de Fessenheim avant la fin 2016 [JDLE].

Alors que la première tranche de la centrale alsacienne a été récemment reconnue bonne pour 40 ans de service, l’ASN rappelle que l’on n’arrête pas une centrale comme une raffinerie normande. «On peut le faire pour ces questions de sûreté, c’est alors l’ASN, le ministre en charge de la sûreté nucléaire ou le Premier ministre qui peuvent prendre cette décision. On peut le faire aussi dans le cadre de la politique énergétique. Il faut alors une loi. On peut le faire enfin dans le cadre d’une décision prise par l’exploitant, si l’Etat l’y pousse», explique le président de l’ASN.

Dans tous les cas, il faudra environ 5 ans entre le moment où l’exploitant présentera son dossier de fermeture à l’enquête publique, la publication du décret pris en Conseil d’Etat et les premières opérations de démantèlement. La promesse du président de la République ne sera pas facile à tenir. Quant au démantèlement proprement dit, malgré la règle française de l’immédiateté, il faudra bien compter «de 20 à 25 ans» de travaux pour chaque installation. Un rappel à l’ordre qui en a surpris plus d’un.

«Je vivais dans l’idée que l’ASN pouvait fermer une centrale et que le pouvoir politique avait comme prérogative de définir et de mettre en œuvre la politique énergétique», commente Christian Bataille, député PS et très bon connaisseur des questions nucléaires. A l’évidence, c’est un peu plus compliqué.

On le sait peu, l’ASN ne s’occupe pas seulement des «grosses bêtes», réacteurs, usines de recyclage du combustible ou centres de recherche, mais aussi de radioprotection en milieu médical. Raison qui pousse André-Claude Lacoste à rappeler qu’il n’existe nulle égalité en la matière. «Nous ne sommes pas égaux devant les effets collatéraux d’irradiation médicale. Un scanner corps entier peut délivrer 20 millisieverts, soit la dose maximale qu’un travailleur du nucléaire peut recevoir en une année», souligne-t-il.

Ce qui pose non seulement la question de l’individualisation des traitements radiologiques, mais aussi de la forte croissance des examens radiologiques. «En 7 ans, leur nombre a progressé de 50%», indique-t-il.

A quelques semaines de l’ouverture du débat public sur le futur centre de stockage des déchets nucléaires à haute activité et à vie longue, le patron de la sûreté nucléaire souligne la faiblesse des moyens de son institution. «La NRC (l’autorité de sûreté américaine) a embauché 400 personnes pour sa direction des nouveaux réacteurs, alors que le pays n’en construit pas. Aussi, quand je vois la difficulté que nous avons à embaucher quelques personnes supplémentaires pour assurer nos missions, je crois rêver.»



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