L’ASN dresse le bilan de la sûreté nucléaire en France

Le 30 mars 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Le gendarme du nucléaire est globalement satisfait des performances françaises en matière de sûreté et de radioprotection. Ce qui ne lui interdit pas de lancer quelques piques.

 

C’est dans une salle comble que les dirigeants de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ont présenté, ce matin 30 mars à l’Assemblée nationale, le rapport sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France.

 

Signe d’une chaude actualité: toutes les places réservées aux membres de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques (Opecst) étaient occupées.

 

Même s’il se défend de vouloir pousser des cris d’enthousiasme, le président de l’ASN, André-Claude Lacoste, estime 2010 comme «une année assez satisfaisante sur le plan de la sûreté». «Une année dans la continuité des précédentes», tempère Jean-François Niel, directeur général.

Et de fait, 1.107 incidents ont été comptabilisés en 2010, contre 1.074 l’année précédente. La plupart (70%) ont eu lieu dans les centrales nucléaires, mais concernent quasi exclusivement des événements classés aux échelons 0 et 1 de l’échelle Ines (qui en comprend 7). «A ces niveaux, explique l’un des gendarmes du nucléaire, c’est plutôt positif. Car cela signifie que les exploitants sont plus enclins à déclarer leurs incidents.»

 

Les trois cas les plus «graves», classés au niveau 2, portent sur deux légères irradiations dans la centrale de Chinon et l’usine de La Hague et sur une opération, mal préparée, de découpe d’un gammagraphe comprenant une source au cobalt 60, en région parisienne.

 

Les «performances» des centrales nucléaires sont plutôt à la hausse: 717 incidents en 2010, soit 78 de moins qu’en 2009. «Pour ce qui concerne la sûreté, les sites du Bugey, de Penly et du Tricastin se distinguent positivement», indique Jean-François Niel. Pour la radioprotection des personnels, les palmes sont attribuées à Civaux et à Golfech. Le bonnet d’âne est, en revanche coiffé sur la tête des responsables de Chinon et de Saint-Alban – «pour un manque de rigueur d’exploitation»- et de Chooz et de Nogent-sur-Seine, «en matière d’environnement».

Sur le plan de la radioprotection des Français, les choses sont plus contrastées. Malgré un nombre élevé de déclaration d’incidents (419, soit une hausse de 50% depuis 2006), «les progrès se confirment» dans le domaine de laradioprotection. Moins de centres de radiologie ont fait l’objet de mesures contraignantes. La sensibilisation des personnels se poursuit et le nombre de radiophysiciens augmente.

 

Pour autant, l’ASN considère que les radiologues délivrent encore trop de rayonnements aux patients. «On constate une augmentation de 50% des doses délivrées en 5 ans», regrette Jean-François Niel. En cause: le faible nombre de systèmes d’imagerie à résonnance magnétique (IRM, qui n’émettent pas de rayonnements ionisants, contrairement aux scanners). Et la méconnaissance qu’ont les généralistes -et parfois les radiophysiciens!- des doses délivrées par leurs scanners. «Cette croissance des doses est inadmissible», estime André-Claude Lacoste.

 

Après ce panorama, les dirigeants de l’ASN sont revenus sur plusieurs points particuliers. Et notamment les relations douces-amères qu’elle entretient avec EDF. L’autorité administrative reproche à l’électricien d’avoir mal anticipé certaines actions de maintenance, comme le remplacement des générateurs de vapeur de la centrale du Bugey.

 

Un attentisme qui n’est pas une question de trésorerie, estime le patron de l’ASN. «Nous avons besoin d’avoir, face à nous, un interlocuteur responsable, compétent et suffisamment riche. Le seul exploitant qui dit n’avoir pas assez d’argent pour faire des travaux, c’est le CEA.»

 

La situation des sous-traitants du nucléaire ne semble pas non plus réglée. «Je veux éviter de me réveiller avec un gros sujet. Aussi, je suis prêt à entendre et à étudier tout renseignement, d’où qu’il vienne sur le sujet», dit André-Claude Lacoste. Lequel propose la création d’un poste comparable à celui des anciens «délégués mineurs», (des mineurs au statut protecteur qui accompagnaient les experts du service des mines pour les assister dans leur inspection, ndlr) dans les centrales nucléaires.

 

L’ASN s’avoue peu satisfaite aussi de la gestion du dossier du site de stockage géologique de Bure. En cause: la récente remise en cause par EDF du projet conçu par l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra). L’électricien allant même jusqu’à proposer son propre projet. «C’est renversant», éclate André-Claude Lacoste. Et le député Claude Birraux de rappeler que, dans son dernier rapport, l’Opecst a fait deux rappels à la loi aux parties en présence.

 

Pour faire avancer le dossier, une médiation entre les deux parties antagonistes pourrait être confiée à Laurent Stricker… l’ancien patron du parc nucléaire d’EDF. «C’est hors-la-loi», commente le député de Savoie.

 

Très en verve, André-Claude Lacoste a aussi lancé quelques piques à ses confrères américains. L’ancien président de l’association européenne des autorités de sûreté (Wenra) reproche notamment aux régulateurs américains de ne pas utiliser les unités de mesure de radioprotection prescrites par l’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). «Ils considèrent toujours que l’AIEA, c’est l’ONU et que l’ONU, c’est un machin.» Autre critique : la gestion des combustibles usés telle qu’elle se pratique outre-Atlantique. «Je n’aime pas la politique qui consiste à stocker des combustibles au pied des centrales dans des endroits qui ressemblent à des parkings.» Sous-entendu: plus de sites de stockage accroît le risque d’incident. Voire pire.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus