L’arsenic menace l’eau potable de 20 millions de Chinois

Le 29 août 2013 par Marine Jobert
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L’arsenic provoque une hyperkératose de la plante des pieds.
L’arsenic provoque une hyperkératose de la plante des pieds.

Puits et eaux souterraines chinois sont de longue date contaminés par l’arsenic. Mais à quel point? C’est ce que permet de déterminer une nouvelle méthode de calcul. Résultat: 20 millions de Chinois seraient exposés à l’arsenic de façon chronique. Un grave problème de santé publique.

Sans odeur, ni saveur, mais très toxiques, les sels d’arsenic pollueraient l’eau potable de 20 millions de Chinois. C’est l’estimation réalisée par l’Eawag –institut suisse de recherche sur l’eau et des chercheurs de l’université de médecine de Shenyang (province du Liaoning), dont rend compte une étude publiée dans la revue Science. Cette estimation vient suppléer les échantillonnages nombreux, mais insuffisants, réalisés par les autorités sanitaires chinoises, puisque dans de très nombreuses régions, les puits et les eaux souterraines n’ont jamais été testés. L’estimation repose sur une modélisation des risques, nourrie par des données géologiques et hydrologiques et par les analyses déjà réalisées sur le terrain.

 

Des millions de personnes exposées

La présence d’arsenic dans les eaux souterraines de certaines provinces de Chine est connue depuis les années 1960. Le ministère chinois de la santé estime que près de 6 millions de personnes consomment actuellement une eau contenant plus de 50 microgrammes d’arsenic par litre (seuil retenu par le pays pour l’eau potable), quand près de 15 millions de personnes sont exposées à plus de 10 µg/l (seuil recommandé par l’Organisation mondiale de la santé). Plusieurs études font même état de teneurs supérieures à 100 µg/l dans certaines zones de Mongolie intérieure, et les 1.500 µg/l sont atteints par endroits. Mais la vastitude de la République populaire de Chine rend impossible le contrôle de tous les captages – 445.000 puits et captages ont déjà été contrôlés selon les autorités du pays et c’est ce que vient pallier la modélisation réalisée par les chercheurs. En travaillant avec les données géologiques, pédologiques et topographiques déjà existantes, ils ont pu prédire les zones à risque, étalonnant leurs résultats avec les concentrations d’arsenic déjà mesurées. Des résultats qui recoupent ceux du gouvernement.

 

Maladies en pagaille

En combinant cette carte avec les données démographiques, il apparaît que près de 20 millions de Chinois vivent dans des zones sensibles. «Il se peut que ce chiffre surestime les risques d’intoxication, précise cependant la géochimiste Annette Johnson. Nous ne savons pas exactement combien de personnes ont accès à une eau traitée.» La consommation d’une eau contaminée entraîne des troubles cardiovasculaires, rénaux et hépatiques, différentes types de cancer, des anomalies de pigmentation de la peau et une hyperkératose de la paume des mains et de la plante des pieds,.

 

Mercure et stress hydrique

«Notre méthode permet de mieux cibler les analyses et donc de réaliser d’importantes économies de temps et de moyens en identifiant les populations menacées. Le gouvernement chinois utilise déjà nos cartes dans son programme national de surveillance», précise Annette Johnson. Le gouvernement pourra par ailleurs accroître la surveillance des taux de mercure dans l’eau potable de ses concitoyens, à la suite de son pharaonique projet de construire 363 centrales à charbon dans les prochaines années. Une étude du World Ressources Institute dévoile que près de la moitié de ces centrales sont situées dans des zones soumises à un fort stress hydrique. La production d’énergie risque donc d’entrer encore plus frontalement en compétition avec la production agricole et les usages industriels. Et au détriment de la qualité de l’eau potable.

 

 

 

 

 



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