L’arsenic fait de la sélection naturelle

Le 25 octobre 2012 par Romain Loury
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Ici, on résiste à l'arsenic.
Ici, on résiste à l'arsenic.

Une équipe suédoise a découvert une population des Andes argentines ayant développé une résistance génétique à de fortes concentrations en arsenic, premier exemple humain de sélection naturelle liée aux polluants environnementaux. Objet de ces travaux, la petite ville de San Antonio de los Cobres, au nord-ouest de l’Argentine, située à 3.800 mètres d’altitude. Une région où l’eau est naturellement riche en arsenic, à raison de 200 microgrammes par litre (µg/l), soit 20 fois plus que le seuil fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de 10 µg/l. Ce qui ne l’empêche pas d’être habitée par l’homme depuis plusieurs milliers d’années.

Or les habitants de San Antonio de los Cobres ne montrent aucun signe particulier d’intoxication liée à l’arsenic, tels les effets cutanés que sont l’hyperkératose ou les problèmes de pigmentation. Cette résistance serait ancrée dans le patrimoine génétique, selon l’étude publiée par Carina Schlebusch, de l’université d’Uppsala (Suède), et ses collègues dans la revue Environmental Health Perspectives.

Conduits sur 323 habitants de San Antonio de los Cobres comparés à d’autres populations sud-américaines, ces travaux mettent en évidence un variant génétique plus fréquent (68,7% contre 14,3%), affectant un gène impliqué dans le métabolisme de l’arsenic, AS3MT. Plus abondante en présence de la mutation, l’enzyme AS3MT transforme l’arsenic en MMA (acide méthylarsonique), forme la plus toxique, puis celui-ci en DMA (acide diméthylarsonique), facilement excrété par l’organisme.

Selon les analyses d’urine, la quantité de MMA était d’ailleurs moindre chez les porteurs de la mutation, signe d’une métabolisation plus poussée de l’arsenic. A part ce variant d’AS3MT, les habitants de San Antonio de los Cabres, d’origine indienne, présentaient un profil génétique proche de celui des groupes-contrôles. Le signe que ce gène a fait l’objet, au cours des millénaires, d’une sélection naturelle spécifique, engendrée par les fortes teneurs en arsenic de l’environnement.

Cette pression de sélection, qui a certainement touché d’autres gènes impliqués dans le métabolisme de l’arsenic, a pu s’exercer aussi bien chez les enfants -en favorisant la survie de ceux porteurs de la mutation- que chez les adultes, ceux en bonne santé ayant plus de chances de se reproduire. Selon les chercheurs, cette étude est la première à rapporter l’adaptation humaine à un composé toxique.

Elle n’est pas sans évoquer d’autres cas, tels la tolérance adulte du lactose, observée en Europe (mais ni en Afrique ni en Asie), en raison d’une plus grande ancienneté de l’élevage laitier. Ou encore l’apparition de mutations conférant une résistance au paludisme, dans les régions touchées par la maladie.



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