L’Arctique, le nouvel Eldorado?

Le 13 mai 2011 par Geneviève De Lacour
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Le niveau des mers va augmenter de 1,6m au cours du siècle.
Le niveau des mers va augmenter de 1,6m au cours du siècle.

Alors que les représentants des 8 nations de l’Arctique se réunissent au Groenland pour la 8e conférence sur l’Arctique, certains veulent parler changement climatique tandis que d’autres n’ont que développement économique en tête.

«L’Arctique, disent les pays membres du Conseil, n’appartient qu’à ses riverains. Tout le monde a en tête que dans moins de 20 ans, la moitié du commerce mondial pourrait emprunter les voies maritimes du pôle Nord. D’énormes sommes d’argent vont circuler. L’avenir de la région est l’affaire de tous ses futurs usagers.» Ces propos, ce sont ceux de Michel Rocard, l’ambassadeur des pôles, qui était jeudi 12 mai à Nuuk, capitale du Groenland, pour l’ouverture de la 8e conférence de l’Arctique. La France, tout comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, ne dispose que d’un siège d’observateur lors de ces négociations, un fait que regrette l’ancien Premier ministre.

Le Conseil de l’Arctique, un organe créé en 1996 après la fin de la Guerre froide, rassemble les chefs de la diplomatie des 8 pays riverains: Etats-Unis, Canada, Russie, Norvège, Suède, Finlande, Danemark et Islande. Sa mission est de fixer les règles d'une exploitation économique «durable» des richesses de la région, rendue envisageable par un réchauffement qui menace aussi la survie de ses vastes étendues glacées.

Exploitation pétrolière et minière du sous-sol, essor du trafic maritime et du tourisme, pêche facilitée: dans l'Arctique, les enjeux et les convoitises se multiplient au fur et à mesure que les glaces reculent. Or la semaine dernière, des scientifiques ont indiqué que le réchauffement climatique dans l'Arctique se faisait deux fois plus rapidement qu'ailleurs dans le monde et encore plus vite que prévu.

Le recul des glaces facilite donc l’accès aux ressources du sous-sol. Et selon l'Institut de géophysique américain (USGS, selon l’acronyme en anglais), le cercle polaire renfermerait un cinquième des réserves encore non découvertes dans le monde, avec 13% du pétrole et 30% du gaz, la plupart en mer.

Le Groenland qui a accordé, au grand dam des écologistes, plusieurs licences d'exploration à des compagnies pétrolières alléchées par des conditions climatiques moins défavorables et la hausse régulière du prix du baril, espère ainsi financer sa future indépendance du Danemark.

Et les autres acteurs n’oublient pas de se positionner sur l’échiquier. La Russie, qui possède le littoral arctique le plus long, dispose d’une flotte à la fois militaire et civile de brise-glaces, des navires essentiels pour tracer les routes qui traversent la zone. Elle a symboliquement affiché ses ambitions lorsqu’en 2007, elle a envoyé un corps expéditionnaire planter son drapeau en titane au fond de l’océan, au pôle Nord.

La présence d’Hillary Clinton à Nuuk, capitale du Groenland, souligne l’intérêt que portent les Etats-Unis à ce territoire bientôt indépendant. La responsable de la diplomatie américaine a plaidé pour que ces «opportunités» permises par le réchauffement climatique soient poursuivies «d'une façon intelligente et durable, qui préserve l'environnement et l'écosystème arctiques». Ces opportunités «économiques doivent être contrebalancées par le besoin de protéger son environnement et ses écosystèmes», a-t-elle ensuite répété devant ses 7 homologues.

 
Lors des négociations, Hillary Clinton a obtenu la création d'une «task force» chargée de parvenir à un accord de gestion des catastrophes pétrolières dans l'Arctique, une question sensible après la marée noire aux Etats-Unis l'an dernier. «Comme nous l'avons tragiquement appris dans le golfe du Mexique, il est vital d'avoir des mécanismes en place pour de tels désastres», a-t-elle souligné.
 
La Suède, qui a succédé le 12 mai pour deux ans au Danemark à la tête du Conseil arctique, a elle aussi appelé à un «développement environnemental durable» de la région.
 
Les 8 pays ont donc ratifié le 12 mai un «Accord arctique de recherche et de secours», salué entre autres par la Russie comme le premier accord international contraignant du Conseil arctique. Le texte est jugé important parce qu'un nombre croissant de bateaux naviguent ou vont naviguer via les voies maritimes de l'Arctique, où l'emprise des glaces se fait moins forte.
 
Greenpeace, s'appuyant sur des câbles de WikiLeaks, estime que «la course aux ressources pétrolières et gazières de l'Arctique ne fait qu'attiser les tensions géopolitiques et militaires dans la région, où apparaissent les premières disputes territoriales».
«Au lieu de voir la fonte de la calotte glaciaire de l'Arctique comme une raison d'agir sur le changement climatique, les dirigeants des nations arctiques investissent dans du matériel militaire pour se battre pour le pétrole du sous-sol», dénonce l'ONG de défense de l’environnement. Et Greenpeace d’insister: «pour extraire les mêmes carburants fossiles qui ont entraîné la fonte des glaces au départ. C'est comme jeter de l'essence sur le feu».


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